Trois contrats régionaux donnent un cap aux DRH
- Le 9 octobre 2026, la DREETS, la Carsat Centre-Val de Loire et trois services interentreprises ont signé de nouveaux contrats pluriannuels d’objectifs et de moyens. Les signataires sont AISMT36, CIHL et SISTEL. Ces accords organisent des actions communes de prévention à l’échelle régionale. Ils portent notamment sur la désinsertion professionnelle, les risques routiers, chimiques et les accidents graves ou mortels. Pour les DRH, l’enjeu dépasse la conformité. Il s’agit de relier santé, maintien en emploi, continuité d’activité et responsabilité managériale. La DREETS présente les objectifs des contrats et leur mise en œuvre progressive.
- Les CPOM coordonnent l’action de l’État, de la Carsat et des services de prévention et de santé au travail interentreprises. Cette coordination doit rendre l’accompagnement plus lisible pour les entreprises, particulièrement les petites et moyennes structures. Les priorités sont définies à partir des enjeux locaux et des projets des services signataires. Les contrats seront suivis régulièrement et pourront évoluer selon les besoins observés. La DREETS annonce également la préparation de quatre autres CPOM. La démarche régionale est donc appelée à s’élargir, plutôt qu’à rester limitée aux trois premiers signataires.
Que changent concrètement les CPOM pour une direction des ressources humaines ?
- Un CPOM ne remplace ni la responsabilité de l’employeur ni le travail quotidien de l’entreprise. Il structure plutôt une coopération avec des acteurs capables d’apporter expertise, conseil et accompagnement. Pour un DRH, c’est l’occasion de rapprocher les équipes RH, les responsables opérationnels, les représentants du personnel et le service de santé au travail. Les sujets concernés traversent souvent les silos. Une restriction médicale touche l’organisation du poste, tandis qu’un risque routier concerne les déplacements, les horaires et les pratiques managériales.
- Cette coordination peut aider à passer d’interventions dispersées à un plan cohérent. Le service de santé au travail peut conseiller sur les expositions et les situations individuelles. La Carsat intervient dans le champ de la prévention des accidents et maladies professionnelles. La DREETS inscrit ces actions dans les priorités publiques régionales. Le DRH garde la responsabilité de réunir les informations utiles, de définir les décisions internes et de suivre les résultats. La Carsat Centre-Val de Loire propose conseil, accompagnement et informations sur les aides de prévention.
Trois familles de risques, des enjeux très opérationnels
Pourquoi la prévention de la désinsertion professionnelle devient-elle stratégique ?
- Une absence prolongée peut fragiliser le salarié et désorganiser durablement un collectif de travail. Pourtant, une incapacité temporaire ne signifie pas nécessairement une rupture définitive avec l’emploi. Le repérage précoce permet d’examiner les possibilités d’aménagement, de reprise progressive ou de mobilité interne. Il faut associer le salarié, le médecin du travail et les responsables concernés, dans le respect du secret médical. L’objectif consiste à agir sur les conditions de travail et les tâches, sans réduire la situation à un diagnostic médical.
- Pour les DRH, la prévention exige des circuits d’alerte clairs. Les managers doivent savoir à qui signaler une difficulté et comment engager le dialogue. Les RH peuvent suivre les arrêts longs, les restrictions, les reprises difficiles et les demandes d’aménagement. Ces indicateurs doivent rester anonymisés lorsqu’ils sont analysés collectivement. Une procédure efficace évite aussi les démarches tardives, lorsque le lien avec le poste est déjà fortement dégradé. Le CPOM donne un cadre pour solliciter les compétences du service de prévention et de santé au travail.
- Le maintien en emploi présente un intérêt social et économique. Il aide à préserver les savoir-faire, limite les pertes de compétences et rend les parcours professionnels plus soutenables. Il peut également réduire les coûts de remplacement et les difficultés de recrutement. Toutefois, aucune mesure ne fonctionne sans implication de l’encadrement de proximité. Les ajustements doivent être compris, planifiés et évalués. Ainsi, les RH peuvent articuler prévention, gestion des compétences et dialogue social, au lieu de traiter chaque situation comme un dossier isolé.
Comment intégrer les risques chimiques dans les priorités RH ?
- Les substances dangereuses ne concernent pas uniquement les sites industriels ou les laboratoires. Les fumées de soudage, les poussières de bois ou métalliques, les solvants, les résines et les gaz d’échappement peuvent toucher de nombreux métiers. Certaines expositions sont invisibles et leurs effets apparaissent parfois longtemps après le contact. Cela rend le repérage difficile et renforce l’importance de l’évaluation des postes réels. Le DRH doit travailler avec les équipes de prévention, les responsables de production, les achats et les représentants du personnel.
- Dans son communiqué du 14 octobre 2026, l’Assurance Maladie rappelle que les risques chimiques constituent la deuxième cause de maladies professionnelles après les troubles musculosquelettiques. Elle leur associe près de 1 700 cancers professionnels par an en France. La campagne nationale menée du 12 au 30 octobre invite les entreprises à repérer les expositions et à mettre en place des solutions concrètes. Ces repères sont nationaux, mais ils éclairent directement les choix régionaux visant notamment les agents cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction, dont la silice.
- La hiérarchie des mesures compte. Il faut d’abord examiner la possibilité de supprimer ou substituer le produit dangereux. Si cela n’est pas possible, l’entreprise peut agir sur le procédé, le confinement ou le captage à la source. Les équipements de protection individuelle interviennent en complément, et non comme unique réponse. L’information et la formation des salariés demeurent essentielles. L’Assurance Maladie détaille les outils, formations et aides disponibles pour prévenir les risques chimiques.
- Les petites entreprises disposent d’un levier financier à étudier. Le communiqué indique que les entreprises de moins de 50 salariés peuvent, sous conditions, obtenir une aide couvrant jusqu’à 70 % des investissements hors taxes, dans la limite de 25 000 euros. Depuis 2025, plus de 9 millions d’euros avaient été versés à 1 156 entreprises. Ces chiffres montrent l’intérêt de préparer les dossiers avant l’investissement. Le DRH peut coordonner l’identification des postes exposés avec les équipes techniques et la direction financière.
Pourquoi le risque routier concerne-t-il aussi les ressources humaines ?
- Les déplacements professionnels relèvent de l’organisation du travail autant que de la conduite. Les objectifs commerciaux, les plannings, les temps de trajet et les outils numériques peuvent influencer l’exposition au risque. Une politique de prévention doit donc dépasser les rappels généraux de prudence. Elle doit examiner les déplacements réellement effectués, les contraintes horaires et les pratiques d’encadrement. Les véhicules, les itinéraires et les procédures de déplacement constituent également des leviers d’action.
- Le 16 octobre 2026, une journée régionale de prévention s’est tenue à Saint-Pierre-des-Corps. Elle proposait des mises en situation et des échanges destinés aux dirigeants, aux préventeurs et aux responsables des ressources humaines. Cette initiative illustre une approche concrète : associer sensibilisation, analyse organisationnelle et échanges avec des acteurs spécialisés. Les DRH peuvent en tirer une démarche interne, en examinant les accidents, presque-accidents et usages professionnels du téléphone ou des véhicules.
- Pour mesurer les progrès, l’entreprise peut suivre les sinistres liés aux déplacements, leur gravité, les kilomètres parcourus et la participation aux actions de prévention. Ces données doivent être interprétées avec prudence, car une baisse ponctuelle des accidents ne prouve pas à elle seule l’efficacité d’une mesure. Il faut les rapprocher des changements de flotte, d’activité ou d’effectifs. Une revue régulière avec les managers permet de vérifier que les consignes correspondent aux conditions réelles de travail.
Comment transformer ces priorités en plan de prévention utile ?
- La première étape consiste à établir un état des lieux partagé. Le DRH peut rapprocher le document unique d’évaluation des risques professionnels, les données d’absentéisme, les accidents, les alertes des managers et les recommandations du service de santé au travail. Il faut ensuite distinguer les risques majeurs des actions déjà engagées. Cette analyse doit associer les équipes exposées, car les salariés connaissent les gestes, contraintes et arbitrages du travail réel. Une cartographie utile reste reliée aux décisions opérationnelles.
- La deuxième étape consiste à attribuer chaque action à un responsable, une échéance et une mesure de suivi. Par exemple, une exposition chimique peut conduire à une vérification des produits, à une étude de captage et à une formation ciblée. Une situation de reprise difficile peut déclencher un entretien de préparation et l’examen des aménagements possibles. Un risque routier peut conduire à revoir les déplacements et les contraintes de planning. Le suivi doit distinguer les actions réalisées des effets observés.
- Enfin, les résultats doivent être partagés avec les instances de dialogue social et les équipes concernées. Une politique crédible explique les arbitrages, les limites et les prochaines étapes. Elle évite de présenter la prévention comme une campagne ponctuelle ou une responsabilité exclusivement portée par les RH. La direction générale doit donner le cap, tandis que les managers intègrent les mesures dans l’organisation quotidienne. Les CPOM fournissent un cadre de coopération, mais l’efficacité dépend de la capacité de l’entreprise à transformer ce cadre en pratiques durables.
Business case : mobiliser un manager de transition pour accélérer l’action
Dans quelles situations un renfort externe apporte-t-il une valeur immédiate ?
- La signature de contrats régionaux ne crée pas automatiquement une capacité d’exécution dans chaque entreprise. Un DRH peut manquer de temps, de compétences spécialisées ou de relais internes pour coordonner plusieurs risques simultanément. La difficulté augmente lors d’une réorganisation, d’une croissance rapide, d’une fusion, d’un départ imprévu ou après un accident grave. Le management de transition apporte alors un responsable opérationnel expérimenté, mobilisé pour une période déterminée et un objectif précis.
- Selon la priorité, le profil peut être un directeur de prévention et sécurité, un responsable santé-sécurité-environnement, un DRH de transition spécialisé en relations sociales ou un directeur des opérations. Pour la désinsertion professionnelle, un manager ayant conduit des politiques de maintien en emploi et de transformation des pratiques RH sera pertinent. Pour les risques chimiques, un spécialiste capable de dialoguer avec la production, les techniciens et les partenaires de prévention sera préférable. Le choix dépend du problème concret, non d’un intitulé de poste générique.
- Un manager de transition peut généralement commencer par un diagnostic court, puis déployer un plan d’action. À titre indicatif, une prise de poste peut être organisée en quelques semaines, sous réserve de disponibilité et de périmètre défini. Une mission de trois à neuf mois peut couvrir l’état des lieux, la mobilisation des équipes et le transfert des méthodes. Ces délais sont des repères plausibles, pas des garanties universelles. Le mandat doit préciser les responsabilités, les moyens et les résultats attendus dès son lancement.
Quel déroulement de mission permet de produire des résultats mesurables ?
- Durant les premières semaines, le manager de transition rencontre la direction, les RH, les responsables de sites, les représentants du personnel et le service de santé au travail. Il examine les indicateurs, les risques prioritaires et les plans existants. Il vérifie aussi la qualité des données et la réalité des pratiques sur le terrain. Le livrable initial peut être une cartographie priorisée, accompagnée d’un calendrier, d’un budget estimatif et de responsables identifiés.
- La phase suivante transforme le diagnostic en actions. Le manager peut réorganiser le pilotage des reprises, mettre en place une procédure de signalement précoce, coordonner une évaluation d’exposition ou revoir les règles de déplacement professionnel. Il accompagne les managers de proximité et prépare les échanges avec les acteurs externes. Son rôle n’est pas de remplacer durablement les équipes internes. Il doit les faire progresser, clarifier les responsabilités et transmettre des outils réutilisables.
- Les indicateurs de mission peuvent inclure la part des actions prioritaires lancées, le délai de traitement des situations de reprise, le nombre de postes évalués ou la proportion d’unités couvertes par une démarche ciblée. Pour le risque routier, l’entreprise peut comparer sinistres et déplacements sur une période définie. Pour les risques chimiques, elle peut suivre les situations évaluées, les mesures techniques réalisées et les formations adaptées. Les objectifs chiffrés doivent être fixés après l’état des lieux, pas inventés avant la mission.
À quoi pourrait ressembler une mission réaliste en Centre-Val de Loire ?
- Considérons une entreprise industrielle régionale confrontée à des arrêts longs, à des poussières de procédé et à de nombreux déplacements entre sites. Sa DRH doit aussi préparer une réorganisation et ne dispose pas d’un responsable prévention disponible à plein temps. Un directeur de transition santé-sécurité pourrait conduire une mission de six mois, avec un mandat partagé entre maintien en emploi et risques prioritaires. Ce scénario est illustratif et ne décrit pas une entreprise réelle ni un résultat déjà obtenu.
- Au premier mois, le manager établirait un diagnostic avec les équipes, examinerait le DUERP et organiserait les échanges avec le service de santé au travail et la Carsat. Aux deuxième et troisième mois, il prioriserait les actions et testerait un circuit de préparation des reprises. En parallèle, il ferait expertiser les expositions et proposerait des mesures techniques. Les mois suivants serviraient à accompagner les managers, à vérifier l’application des décisions et à consolider les indicateurs de suivi.
- Le bénéfice recherché serait une exécution plus rapide et plus cohérente, non une promesse automatique de baisse des accidents. La mission pourrait mesurer la réduction du délai de traitement des reprises, la réalisation des évaluations prévues et la mise en œuvre des mesures techniques validées. La direction suivrait aussi les coûts, les interruptions de production et les retours des salariés. En fin de mission, un transfert structuré permettrait aux équipes internes de poursuivre le pilotage.
Les questions que se posent les DRH sur la prévention régionale
Les CPOM créent-ils de nouvelles obligations pour l’employeur ?
- Les CPOM organisent la coopération des acteurs régionaux et leurs priorités d’action. Ils ne transfèrent pas la responsabilité de l’employeur en matière de prévention. Le DRH doit donc continuer à évaluer les risques, à décider des mesures adaptées et à suivre leur application avec la direction. Il peut solliciter son service de prévention et de santé au travail pour être conseillé.
Comment une PME peut-elle commencer sans créer une nouvelle équipe ?
- Elle peut commencer par identifier ses risques prioritaires, consulter les salariés et demander conseil à son service de prévention et de santé au travail. La Carsat propose également des ressources et, sous conditions, des aides financières pour certains investissements. Un plan limité, avec un responsable et quelques indicateurs utiles, vaut mieux qu’un programme trop ambitieux et sans suivi.
Quand faut-il envisager un manager de transition ?
- Un renfort externe est pertinent lorsque le risque est élevé, le calendrier serré ou les compétences internes insuffisantes. Il peut aussi sécuriser une période de vacance de poste ou conduire un plan transversal. Le mandat doit alors définir les priorités, les moyens, les indicateurs et le transfert final aux équipes permanentes.






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