fret ferroviaire Bretagne : la Région Bretagne engage une enveloppe de 64 millions d’euros pour relancer le transport de marchandises par rail. Le plan, inscrit dans le CPER 2023-2027, combine travaux d’infrastructure, soutien au Chantier de Transport Combiné (CTC) de Rennes et reconnexions portuaires. Objectif affiché : massifier les flux et accroître la part modale du rail face à la route.
Contexte et diagnostic régional
Le diagnostic régional pointe une offre fret fragilisée : lignes capillaires dégradées, quelques installations terminales embranchées (ITE) fermées et une intermodalité encore limitée entre ports et rail. Aujourd’hui, la Bretagne transporte environ 1,2 million de tonnes par rail par an, soit une part modale souvent inférieure à 2% selon les études régionales. Pour inverser cette tendance, la Région propose une stratégie multilignes axée sur la réparation des voies, la création d’axes massificateurs et la gouvernance commerciale.
Les grandes lignes du plan : où iront les 64 M€ ?
La ventilation annoncée associe plusieurs priorités opérationnelles. La somme de 64 M€ se répartit entre réhabilitation de lignes dites « capillaires », renforcement du CTC de Rennes, reconnectivité portuaire et mesures pour remettre en service des ITE. La Région précise un phasage 2025–2027 pour les premières interventions, puis des opérations d’échelle 2028–2035 pour massifier les flux.
Réhabilitation des lignes capillaires
Entre 30 et 45 M€ sont consacrés à la remise en état d’une partie du réseau local. Les lignes ciblées incluent des sections stratégiques pour l’agroalimentaire et le secteur des matériaux : exemples cités dans les documents techniques régionaux comprennent des tronçons qui relient des plateformes industrielles à des axes nationaux. La priorité est donnée aux segments permettant un gain immédiat de capacité et une vitesse commerciale suffisante pour rendre l’offre compétitive face au routier.
Soutien au Chantier de Transport Combiné (CTC) de Rennes
Le CTC de Rennes figure au cœur de la stratégie. Un montant dédié — autour de 12 à 18 M€ selon les sources régionales — vise à accroître les capacités de triage, les aires de stockage et les équipements pour la manutention des conteneurs et semi‑remorques. L’objectif est de renforcer la massification des trafics et de développer des rotations régulières vers les grands hubs nationaux et européens.
Raccordements portuaires et intermodalité
Une enveloppe spécifique est réservée à la reconnexion ferroviaire des ports bretons, notamment Brest et Lorient. Le financement porte sur la remise en état des raccordements, la création d’aires logistiques multimodales et des opérations de génie civil pour permettre le trafic conteneurisé. Cette composante vise à créer une offre « mer+fer » attractive et à capter des flux de conteneurs et de vracs.
Gouvernance et commercialisation : étude pour un opérateur régional
Parmi les mesures non‑infrastructures figure une étude visant à définir une gouvernance régionale du fret. La Région envisage d’explorer la création d’un Opérateur Ferroviaire de Proximité (OFP) ou d’un dispositif contractualisé avec les acteurs privés pour faciliter la réservation de sillons, la commercialisation d’offres modulaires et l’accompagnement des chargeurs locaux.
Pourquoi un OFP ?
Un OFP peut simplifier l’accès au rail pour les PME et les chargeurs agricoles ou industriels en proposant des offres packagées (connexion routière locale + sillon ferroviaire + manutention). La mise en place d’une telle structure répond au besoin identifié de massification des flux et d’une offre commerciale adaptée aux trafics de taille moyenne.
Chiffres clés et objectifs de massification
Les documents de travail évoquent un objectif ambitieux : multiplier par six le trafic ferroviaire régional à l’horizon 2050, soit une montée de l’ordre de 1,2 Mt/an aujourd’hui vers près de 9 Mt/an en 2050. Pour atteindre ces niveaux, la Région mise sur la combinaison infrastructures‑offre commerciale‑intermodalité. À court terme (2027–2030), l’objectif pragmatique est d’augmenter le trafic de l’ordre de 20–30% sur les corridors réhabilités.
Impacts économiques et environnementaux attendus
Sur le plan environnemental, le basculement de semis‑remorques vers le rail doit contribuer à une réduction des émissions de CO2 et des externalités routières (congestion, accidents). Des évaluations régionales indiquent que 1 train combiné équivaut en moyenne à 40–60 camions selon la longueur et la composition ; la massification attendue pourrait ainsi réduire plusieurs milliers de kilomètres‑camions par an.
Effet pour l’industrie locale
Pour les acteurs industriels et agroalimentaires bretons, une offre ferroviaire plus stable et compétitive permettrait de sécuriser les approvisionnements et d’ouvrir de nouveaux marchés par la desserte de grands hubs. Le renforcement du CTC de Rennes est pensé pour répondre à des demandes de flux agricoles, d’animaux et de produits industriels sensibles au coût logistique.
Freins identifiés et conditions de succès
Plusieurs risques et conditions de succès sont soulignés dans les notes : la nécessité d’obtenir des sillons ferroviaires attractifs, la compétitivité tarifaire par rapport à la route, la mobilisation des chargeurs et la participation des opérateurs privés. La disponibilité de main‑d’œuvre spécialisée pour la maintenance et l’exploitation ferroviaire est aussi mentionnée comme un enjeu opérationnel.
Mesures d’accompagnement
Pour lever ces freins, la feuille de route évoque la coordination avec l’État et SNCF Réseau, des incitations financières temporaires (tarifs d’amorçage) et un plan de communication pour sensibiliser les chargeurs. Une part du budget est dédiée à des études de marché, à la formation de personnels et à des aides ponctuelles pour les premiers trafics.
Partenariats attendus et rôle des acteurs privés
La Région appelle à des partenariats avec SNCF Réseau, les opérateurs ferroviaires nationaux, les gestionnaires portuaires et les grands chargeurs régionaux. L’idée est d’articuler financements publics et investissements privés, voire d’envisager des cofinancements pour les terminaux et équipements de manutention. Des acteurs logistiques locaux, déjà positionnés sur des offres combinées, pourront jouer un rôle opérationnel essentiel.
Calendrier prévisionnel et phasage
Le phasage présenté prévoit un déploiement pluriannuel : études et premières réhabilitations en 2025–2026, travaux lourds 2026–2028, montée en charge opérationnelle 2028–2032. La mise en service commerciale des premiers tronçons rénovés est attendue dès 2026 sur des dessertes locales, puis élargie progressivement aux liaisons nationales et internationales.
Ressources et financements complémentaires
Outre l’enveloppe régionale, le plan s’appuie sur des cofinancements potentiels de l’État, des fonds européens et des apports privés. Le CPER (Contrat de Plan État‑Région) 2023‑2027 est le cadre juridique pour ces engagements et devrait permettre de mobiliser d’autres instruments financiers dédiés au report modal.
Ressources documentaires et sources
Pour approfondir : la présentation régionale et le communiqué officiel détaillent la stratégie et les lignes ciblées. Voir la fiche régionale sur le projet : fiche officielle de la Région Bretagne et le compte‑rendu de la presse économique locale : article Bretagne Économique sur l’enveloppe de 64 M€. Pour un point technique, voir aussi l’analyse sectorielle publiée par Actu‑Transport‑Logistique : analyse Actu‑Transport‑Logistique.
Perspectives opérationnelles et pistes à suivre
La mobilisation de 64 M€ ouvre une fenêtre d’opportunité opérationnelle : la réussite dépendra de la capacité à convertir investissements en volumes durables. Les priorités à suivre pour les décideurs locaux et les industriels sont claires : garantir une gouvernance efficace (étude OFP), construire des offres commerciales packagées, coordonner les travaux avec SNCF Réseau et engager les premiers chargeurs pilotes. Si ces conditions sont remplies, la Bretagne peut restaurer une offre fret performante en moins d’une décennie et contribuer au report modal nécessaire pour décarboner la logistique régionale.






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