stratégie fret Grand Est : la Région a structuré une feuille de route 2025‑2030 qui vise à accélérer le report modal, développer la multimodalité et financer la rénovation des lignes capillaires. Adoptée officiellement en octobre 2025, cette politique combine investissements, aides ciblées et création d’outils publics pour piloter la logistique régionale.
Pourquoi une stratégie fret régionale aujourd’hui ?
Le Grand Est concentre un maillage industriel dense, des corridors européens et un réseau de desserte fine vulnérable : environ 4,5 millions de tonnes de marchandises transitent via les petites lignes selon les diagnostics régionaux. Le constat est simple : sans rénovation, ces lignes ne permettront pas de capter le report modal nécessaire pour réduire les émissions du transport routier.
La stratégie fret Grand Est répond à trois défis concomitants : désaturer les routes, améliorer la compétitivité des filières locales et préparer la transition énergétique du transport. Elle s’appuie sur des leviers opérationnels et financiers nouveaux.
Axes prioritaires de la feuille de route 2025‑2030
1. Favoriser le report modal et la multimodalité
La Région mise sur le transfert de flux routiers vers le rail et le fluvial. La priorité donnée à la plateforme de Vatry et l’articulation avec des sites existants illustrent cette ambition. La stratégie promeut la création et la connexion de plateformes multimodales pour fluidifier les « derniers kilomètres » intermodaux et réduire le recours au transport routier au niveau régional.
Pour approfondir la présentation officielle, voir la présentation officielle de la stratégie régionale.
2. Rénovation des lignes capillaires et gouvernance locale
La remise en état des petites lignes est un pilier : la Région a identifié un linéaire prioritaire d’environ 430 km à confier à une structure dédiée. La création de la SPL Grand Est Infrastructures vise à internaliser la gestion et la maintenance de ces dessertes fines, afin d’accélérer les travaux et d’optimiser les connexions aux flux nationaux.
Pour consulter la fiche d’immatriculation et les informations juridiques sur la SPL, consulter la fiche SPL Grand Est Infrastructures immatriculation.
3. Soutien aux embranchements et investissements ITE (CAPFRET)
Le dispositif CAPFRET a été renforcé pour soutenir la création et la rénovation d’installations terminales embranchées (ITE). Les enveloppes annoncées comprennent un apport d’environ 6,6 M€ de l’État et 4 M€ de la Région pour cofinancer les projets. Les subventions peuvent couvrir jusqu’à 50 % des coûts éligibles, avec des plafonds significatifs pour la création et la remise en service d’ITE.
4. Aides à la décarbonation du transport routier
La stratégie associe mesures d’infrastructures et incitations pour le parc routier. La Région prévoit des dispositifs d’aides pour le renouvellement des camions vers des motorisations moins polluantes et une anticipation du dispositif d’écocontribution poids lourds (ECPL) qui doit permettre d’alimenter un fonds réinvesti dans les axes structurants et le report modal. Le réseau routier régional géré par la collectivité représente un linéaire majeur : la Région a intégré la gestion d’environ 525 km de routes nationales dans son périmètre.
Actions sur le fluvial et mesures incitatives
La composante fluviale est renforcée : la suppression des péages sur la Moselle (mesure entrée en vigueur en novembre 2025) est un signal fort pour rendre le transport fluvial plus compétitif. Cette mesure s’accompagne d’investissements pour améliorer les conditions de navigation et d’opérations de modernisation d’écluses, visant une navigation plus continue et une meilleure disponibilité des sillons.
Pour lire le communiqué sur cette mesure, consultez la page dédiée à la suppression des péages de navigation sur la Moselle.
Impacts économiques et environnementaux attendus
La stratégie vise des effets mesurables : réduction des émissions régionales, baisse du trafic poids lourds sur les axes sensibles, et création d’un écosystème logistique attirant pour l’industrie. En chiffres, la remise en état des lignes capillaires doit permettre de capter plusieurs centaines de milliers de tonnes transférées chaque année vers le rail.
Sur l’emploi, la modernisation logistique devrait soutenir la création d’emplois locaux dans les activités de maintenance, d’exploitation des plateformes et de services rail-route. Les études d’impact chiffre l’économie potentielle en coûts externes évités (accidents, congestion, pollution) et en gains de compétitivité pour les entreprises locales.
Gouvernance, calendrier et moyens financiers
La gouvernance repose sur une coordination entre la Région, l’État, les collectivités locales et des opérateurs privés. L’immatriculation de la SPL fin 2025 marque le début opérationnel : des appels d’offres et des appels à manifestation d’intérêt ont été lancés pour choisir des gestionnaires et prestataires techniques. Le calendrier 2025‑2030 prévoit des phases successives : diagnostics (2025‑2026), travaux prioritaires (2026‑2029) et montée en charge opérationnelle (2028‑2030).
Les montants engagés combinent subventions publiques, cofinancements privés et mécanismes nouveaux comme l’ECPL. Le renforcement du CAPFRET est central pour lever les freins économiques à la création d’embranchements ferroviaires privés ou partagés.
Risques, points de vigilance et verrous à lever
- Disponibilité foncière et contraintes urbanistiques autour des plateformes multimodales ;
- Coordination temporelle entre travaux routiers, ferroviaires et fluviaux pour éviter les ruptures d’exploitation ;
- Acceptabilité des écocontributions : nécessité d’un dialogue avec les transporteurs et d’un phasage des tarifs ;
- Financement pérenne : sécuriser les ressources pour la maintenance, pas seulement pour les travaux initiaux.
Retombées pour les acteurs locaux et recommandations opérationnelles
Pour les chargeurs et transporteurs, la stratégie fret Grand Est signifie des opportunités : accès à des aides pour renouvellement de flotte, subventions ITE et facilités pour utiliser des services multimodaux. Les collectivités territoriales sont invitées à accélérer la mise à disposition foncière et les démarches d’autorisation pour les plateformes.
Les recommandations clés pour un déploiement efficace sont :
- prioriser les corridors à fort potentiel de transfert dès 2026 ;
- articuler les financements CAPFRET et ECPL pour éviter les duplications ;
- mettre en place un observatoire régional des flux pour mesurer les transferts modal et les émissions évitées ;
- renforcer la formation dédiée aux métiers du rail, de la maintenance fluviale et de la logistique multimodale.
Ressources et références utiles
Pour approfondir les éléments financiers et opérationnels du plan, la présentation officielle de la stratégie régionale et la newsletter ORT&L n°23 regroupent diagnostics et principales mesures.
La mise en œuvre locale et l’immatriculation de la structure dédiée sont documentées sur la fiche SPL Grand Est Infrastructures immatriculation et dans les avis d’appel à manifestation d’intérêt publiés par la Région.
Pour aller plus loin
La réussite de la stratégie fret Grand Est dépendra de la capacité des acteurs à synchroniser investissements physiques et incitations économiques. Les premières échéances 2026‑2027 serviront de test : mobilisation des fonds CAPFRET, lancement des travaux prioritaires sur les lignes capillaires et montée en charge des plateformes multimodales. Sur le long terme, l’ambition est claire : rendre le Grand Est plus résilient, décarboné et attractif pour les chaînes logistiques européennes.






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