Afpa Pays de la Loire : l’expression revient dans tous les échanges locaux depuis plusieurs semaines. Centres en partie fermés, plateaux techniques dégradés, recours massif à des contrats courts pour assurer les sessions — la situation matérielle et RH de l’Agence nationale pour la formation des adultes inquiète les acteurs régionaux et les directions des ressources humaines des entreprises partenaires.
Un diagnostic partagé : locaux vétustes et tensions sur les recrutements
Sur le terrain, plusieurs sites régionaux rapportent des problèmes d’infrastructure récurrents (chauffage, salles techniques hors service, restauration non assurée certains jours). Ces difficultés logistiques pèsent sur la qualité pédagogique et la capacité d’accueil. Les syndicats régionaux alertent également sur un manque de formateurs qualifiés : recours répété aux CDD, difficultés à attirer des profils seniors, et turnover élevé.
Chiffres clés récents : 506 ETP supprimés au niveau national prévus dans le projet 2026 selon des éléments parlementaires, et la menace, évoquée par des représentants syndicaux, d’une réduction importante du réseau (plusieurs dizaines de sites potentiellement affectés). Ces ordres de grandeur expliquent la nervosité des acteurs locaux. Pour les DRH, la question est concrète : comment maintenir les parcours de montée en compétences quand l’offre territoriale se fragilise ?
Impacts directs pour les entreprises et les DRH
Pour les directions RH, l’enjeu est double : garantir l’alimentation des bassins de recrutement (compétences opérationnelles) et préserver les parcours de formation continue pour les salariés. Une baisse d’activité ou une dégradation des plateaux techniques conduit à :
- Allongement des délais pour les promotions ou les reconversions internes ;
- Coûts logistiques accrus (transport, hébergement) si les stagiaires doivent se déplacer vers des centres plus éloignés ;
- Risque qualité : formation moins immersive, équipements obsolètes, perte d’efficacité pédagogique ;
- Accentuation de la concurrence entre organismes pour capter des formateurs qualifiés.
Cas pratique pour un DRH industriel
Une entreprise qui forme 30 salariés par an sur des modules techniques (soudure, électrotechnique) voit son plan menacé si les plateaux de proximité ferment. Elle devra soit financer des sessions chez des prestataires privés — généralement 20 à 40 % plus coûteux — soit organiser des formations internes, avec un surcoût RH et matériel.
Contexte budgétaire et décisions nationales
La situation locale s’inscrit dans une trajectoire nationale : la contractualisation (Contrat d’Objectifs et de Performance) et les priorités budgétaires expliquent certaines orientations. Un amendement parlementaire et des débats récents évoquent la suppression de 506 ETP pour 2026, mais aussi des propositions d’abondement pour maintenir l’activité. Ces éléments montrent que l’avenir de l’offre AFPA dépend autant de décisions politiques que de choix opérationnels locaux. Pour approfondir l’élément budgétaire et les amendements actuels, voir l’analyse des textes parlementaires sur l’amendement PLF 2026 relatif aux ETP.
Éléments factuels et récents
Points vérifiables et utiles pour les DRH :
- Objectifs régionaux : l’AFPA Pays de la Loire affichait un objectif d’environ 800 embauches par ses dispositifs partenariaux en 2025 et a formé près de 3 800 personnes en 2024 avec un taux d’accès à l’emploi proche de 76 % sur certains parcours ; ces résultats sont exposés au risque d’érosion si l’offre se réduit (dossier sur les objectifs régionaux).
- Réseau et menaces : des syndicats évoquent la fermeture ou la transformation d’une trentaine de sites au plan national, avec conséquences locales diverses. Ces craintes sont portées publiquement par les organisations représentatives (communiqués syndicaux récents).
- Services non pédagogiques : annonce de modifications de la restauration collective et des hébergements sur certains centres (réduction ou externalisation), décision attendue dès 2026 selon des remontées syndicales, ce qui affecte l’accès des publics éloignés de l’emploi.
Pour lire un point de vue syndical et les revendications locales, un communiqué récent synthétise les principaux risques médicis : communiqué syndical sur les menaces.
Conséquences RH et recommandations opérationnelles
Les DRH doivent anticiper et agir sur plusieurs leviers pour limiter les impacts :
1. Diversifier les partenaires de formation
Identifier des opérateurs privés ou des campus partenaires proposant des plateaux techniques équivalents. Anticiper des budgets complémentaires : prévoir une enveloppe de 10 à 30 % supplémentaire sur les coûts formation si les centres AFPA de proximité venaient à réduire leur offre.
2. Consolider la formation interne
Renforcer les dispositifs de transfert de compétences (tutorat, formation-action), investir dans des simulateurs ou modules e‑learning pour compenser l’indisponibilité temporaire des plateaux techniques.
3. Co-construire des parcours avec l’AFPA
Engager des discussions locales avec les directeurs de centres AFPA pour sécuriser des créneaux et maintenir la qualité des parcours. Les partenariats sectoriels (nucléaire, soudure, bâtiment) restent des leviers puissants et l’AFPA continue d’afficher des initiatives sur ces filières ; lire les initiatives métiers sur le site officiel sur la montée en compétences de filières.
4. Veiller à l’accès des publics fragiles
Si la restauration ou l’hébergement sont externalisés ou payants, les DRH et les services formation doivent anticiper des dispositifs d’aide (remboursement, prise en charge) pour les salariés ou candidats aux parcours en situation de précarité.
Risques à moyen terme et signaux à surveiller
Parmi les indicateurs que les DRH doivent suivre de près :
- Évolution des effectifs territoriaux AFPA (nombre d’ETP par site) ;
- Calendrier des fermetures ou transformations de centres ;
- Modifications des marchés publics régionaux pour la formation (appels d’offres et périmètres) ;
- Disponibilité des plateaux techniques par filière (soudure, bâtiment, numérique) ;
- Prix et conditions d’accès à la restauration/hébergement des stagiaires.
Un suivi régulier permettra d’ajuster les plans de compétence et les budgets formation. Pour comprendre l’évolution des marchés régionaux et les décisions de la collectivité, une synthèse locale complète est recommandée (documents de la Région, AEFInfo et autres dépêches spécialisées).
Quelles alternatives pour préserver l’employabilité ?
Plusieurs pistes de mitigation ont déjà été observées : mutualisation inter-entreprises des formations, développement des parcours mixtes (présentiel/numérique), et contractualisation directe avec des centres nationaux pour des blocs de compétences. Les DRH peuvent aussi se rapprocher des branches professionnelles pour monter des dispositifs cofinancés garantissant la réalisation de modules stratégiques.
Au niveau régional, la mobilisation conjointe des entreprises, des branches et des collectivités peut limiter l’effet domino : maintenir des **plateaux techniques**, sécuriser des plages de formation et soutenir financièrement les structures en difficulté afin de préserver l’accès aux métiers en tension.
Ressources et pistes pour aller plus loin
Pour contextualiser les débats nationaux et locaux : le texte parlementaire relatif aux crédits et ETP pour 2026 fournit des éléments financiers, tandis que la presse régionale et les communiqués syndicaux donnent un aperçu de la réalité des sites. L’article original ayant lancé le débat local est disponible ici : reportage Ouest-France sur la situation en Pays de la Loire. Pour une synthèse des inquiétudes des organismes de formation sur l’évolution des marchés régionaux : dépêche AEF Info.
Vers quelles solutions pour les DRH ?
La fragilisation de l’AFPA en Pays de la Loire pose une question stratégique : faut‑il reconfigurer les plans de formation locaux ou peser pour le maintien d’une offre publique de qualité ? Les DRH ont un rôle de médiation : consolider les parcours internes, cofinancer des solutions de proximité et porter des propositions conjointes aux collectivités et à l’AFPA. Sans action concertée, le risque est une désertification progressive de l’offre publique de formation, avec des conséquences durables sur l’employabilité régionale.
Points d’action immédiats pour un DRH : lancer un audit des besoins (3 mois), cartographier les partenaires régionaux (1 mois), budgéter une marge de 10–30 % pour pallier des surcoûts éventuels, et engager un dialogue partagé avec la direction régionale AFPA.
La situation reste évolutive : suivre les décisions budgétaires nationales, les annonces de la direction de l’AFPA et les positions de la Région permettra d’adapter la stratégie RH locale et de protéger les parcours de montée en compétences indispensables aux transitions industrielles et numériques du territoire.






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