Forage PTH-2 à Pontpierre (Moselle) : chantier de forage profond et équipes sur site
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Hydrogène naturel en Moselle : un forage unique et ses enjeux industriels

hydrogène naturel Moselle : un puits expérimental profond en Moselle relance la question d’une ressource locale pour la décarbonation industrielle. Le forage PTH-2 mené à Pontpierre vise à caractériser concentrations, débits et renouvelabilité d’une source d’hydrogène naturellement présente dans les aquifères carbonifères. Pour un directeur d’usine, ces éléments déterminent si cette ressource peut être intégrée dans une stratégie énergétique industrielle.

Contexte et objectifs du projet

Le projet s’inscrit dans le programme de recherche REGALOR II, porté par La Française de l’Énergie en partenariat avec des laboratoires académiques (Université de Lorraine / GeoRessources, CNRS) et des experts géologiques (BRGM, SOLEXPERTS). L’objectif déclaré est simple mais ambitieux : forer jusqu’à 3 000–4 000 m pour mesurer la présence d’hydrogène naturel, estimer des volumes exploitables et valider les technologies de mesure et de prélèvement.

Pourquoi ce site en Moselle ?

Le bassin houiller lorrain présente des formations géologiques favorables à la génération et à l’accumulation d’hydrogène. Le forages antérieurs ont déjà montré des teneurs remarquables (≈20 % à ~1 200 m) et des modélisations suggèrent que la proportion d’hydrogène pourrait augmenter avec la profondeur. Le puits PTH-2 vise à confirmer ces signaux et à caractériser la ressource.

Acteurs, financements et gouvernance

Le projet est porté par La Française de l’Énergie et financé en partie par la Région Grand Est et l’Union européenne via le Fonds de Transition Juste. La subvention publique annoncée pour la campagne REGALOR II est de l’ordre de 8,8 M€, sur un budget total projeté autour de 14 M€. Ces montants traduisent un soutien fort aux phases d’exploration et de R&D avant toute industrialisation.

Pour consulter le communiqué officiel de l’opérateur, voir la présentation de campagne sur Euronext : communiqué de La Française de l’Énergie. Pour un résumé médiatique des étapes récentes, lire le dossier publié par Zonebourse sur le démarrage du puits PTH-2.

Données techniques et premières mesures

Le forage PTH-2 est équipé d’instruments de nouvelle génération (sondes SysMoG et dispositifs d’échantillonnage in situ) pour mesurer fractions molaires, pression, température et composition des gaz. Des prélèvements préliminaires ont déjà indiqué des teneurs en hydrogène remarquables à plus de 1 000 m, mais les résultats définitifs dépendront d’analyses complémentaires et de l’étalonnage des instruments.

Chiffres clés à retenir :

  • Profondeur visée : 3 000–4 000 m (campagne PTH-2).
  • Subvention : ≈8,8 M€ (Région/UE pour REGALOR II).
  • Teneurs observées : ≈20 % à ~1 200 m dans certains rapports; modélisation évoque valeurs plus élevées en profondeur (jusqu’à ≈76 % dans certaines projections à confirmer).
  • Estimations volumétriques : ordres de grandeur médiatisés allant de dizaines de millions de tonnes (chiffres très préliminaires et à valider scientifiquement).

Impacts pour l’industrie du Grand Est

Pour un directeur industrie, l’apparition d’une ressource locale d’hydrogène peut modifier plusieurs paramètres stratégiques : l’approvisionnement énergétique, la sécurité d’approvisionnement, le coût comparé à l’hydrogène bas-carbone ou vert importé, et la proximité logistique. Une ressource exploitable en continu pourrait réduire les besoins de production décentralisée ou d’importation, mais la condition sine qua non reste la confirmation de la renouvelabilité et du débit soutenable de la ressource.

Cas d’usage industriels immédiats

Les industries lourdes (sidérurgie, chimie, agroalimentaire énergivore) et les sites de cogénération dans le Grand Est pourraient utiliser de l’hydrogène naturel pour réduire les émissions de CO2. À court terme, les utilisations les plus plausibles sont le remplacement partiel du gaz naturel dans des procédés thermiques, ou l’alimentation de piles à combustible pour des besoins spécifiques.

Contraintes, régulation et environnement

L’opération d’exploration et d’éventuelle exploitation soulève des questions réglementaires et environnementales : protection des nappes phréatiques, surveillance de la qualité des eaux, gestion des risques de fuite, et acceptabilité locale. Les porteurs du projet précisent ne pas utiliser la fracturation hydraulique; les protocoles prévoient étanchéification et suivi hydrogéologique strict.

Du point de vue réglementaire, la validation d’un gisement d’hydrogène naturel nécessitera l’obtention de permis, d’autorisations environnementales et la certification des volumes récupérables selon des normes qui restent à préciser pour cette filière émergente.

Coûts, calendrier et critères de décision pour un directeur d’usine

Calendrier publicisé : forage PTH-2 engagé fin 2025, premiers résultats partiels annoncés pour début 2026, analyses complètes et certifications attendues sur 2026–2027. Un directeur d’usine doit suivre trois indicateurs pour évaluer une intégration :

  1. Concentration moyenne et stabilité du flux (débit exploitable journalier).
  2. Coût complet d’extraction, traitement et distribution comparé au prix de l’hydrogène bas-carbone.
  3. Garanties réglementaires et environnementales (permis, assurance, suivi).

Risques et points à surveiller

Les principaux risques techniques et économiques sont la non-reproductibilité des teneurs sur d’autres zones, la baisse rapide du débit, des coûts de captage supérieurs aux prévisions, et des contraintes réglementaires supplémentaires. Sur le plan d’image, l’acceptabilité sociale peut être sensible si la communication sur les garanties environnementales n’est pas claire.

Sources scientifiques locales, comme le laboratoire GeoRessources de l’Université de Lorraine, jouent un rôle clé pour interpréter les données : consulter leur focus pour approfondir les aspects géologiques et méthodologiques analyse GeoRessources.

Recommandations opérationnelles pour un DI

Pour un directeur usine évaluant l’opportunité, je recommande :

  • Mettre en place une veille technique et réglementaire sur les résultats du forage PTH-2 et les publications de REGALOR II.
  • Chiffrer rapidement un scénario d’approvisionnement mixte (hydrogène naturel + hydrogène bas-carbone) avec analyses de coût sur 5–10 ans.
  • Engager des discussions préliminaires avec les acteurs locaux (opérateur, Région, gestionnaires d’infrastructures) pour anticiper raccordement et logistique.
  • Planifier des audits environnementaux et d’acceptabilité locale avant toute signature d’approvisionnement.

Perspectives et lien avec d’autres projets régionaux

Le développement d’une ressource locale d’hydrogène s’inscrit dans un contexte plus large d’industrialisation de l’hydrogène dans le Grand Est. Des projets massifs d’hydrogène bas-carbone et vert (ex. usines H2V) avancent en parallèle, et la coexistence de sources pourrait renforcer la résilience énergétique régionale. Pour comprendre l’écosystème régional de l’hydrogène, voir l’examen public du projet H2V et ses enjeux de raccordement électrique dossier H2V Thionville.

Éléments à suivre dans les 6–12 prochains mois

Calendrier opérationnel à surveiller :

  • Publication des premiers jeux de données du forage PTH-2 (composition gas/liquide) — annoncée début 2026.
  • Rapports d’analyse sur la renouvelabilité et les débits soutenables.
  • Études économiques comparatives publiées par REGALOR II ou partenaires.
  • Décisions réglementaires concernant les permis et la certification des volumes exploitables.

Pour aller plus loin

Sur le plan opérationnel, associer équipe technique interne, bureau d’études spécialisé en gaz industriels et partenaires publics permettra d’évaluer rapidement la faisabilité d’un approvisionnement local. Pour un panorama économique et médiatique du dossier, plusieurs synthèses sont déjà disponibles dont une couverture nationale qui a mis la découverte en lumière récemment article RTL.

Dernière remarque stratégique

Le potentiel de l’hydrogène naturel Moselle est prometteur mais encore très incertain. Pour un directeur d’usine, la bonne approche consiste à combiner vigilance scientifique, préparation opérationnelle et flexibilité contractuelle : se positionner en observateur actif aujourd’hui pour basculer en acteur éclairé si les certifications et les coûts deviennent compétitifs demain.

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