Débrayage devant l'usine Terreal de Lasbordes, salariés en gilets et panneaux de protestation
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Suppression d’emplois à Lasbordes (Aude) : impact industriel et réponses attendues

Terreal Lasbordes fait face à une réorganisation conséquente : des salariés ont débrayé après l’annonce d’un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) et la direction prévoit la suppression de plusieurs postes. Les représentants du personnel dénoncent un manque d’investissements récurrents qui auraient fragilisé la performance industrielle du site et accéléré la décision de fermer une ligne.

Contexte et annonces officielles

Au cœur du dossier se trouve l’arrêt programmé de la ligne dite « Lasbordes Haut », avec transfert partiel d’activités vers Colomiers et recentrage sur la ligne restante et l’atelier de transformation. La direction, dans sa communication, évoque la nécessité de concentrer les moyens pour restaurer la rentabilité des lignes. Plusieurs médias nationaux ont relayé les éléments chiffrés : environ 7 suppressions de postes envisagées sur le site de Lasbordes, tandis que le groupe a annoncé des investissements globaux supérieurs à 40 M€ sur cinq sites français, dont ~2 M€ dédiés au site de Lasbordes.

Pour un aperçu des annonces et du positionnement du groupe, voir aussi la couverture de la presse spécialisée : Usine Nouvelle – arrêt de lignes et impact en France et le dossier de synthèse sur la mue industrielle du groupe : Le Moniteur – investissements et stratégie.

Réactions locales : mobilisation et revendications

Sur place, des débrayages ont été organisés par des salariés de plusieurs usines du groupe, notamment à Lasbordes (Aude). Les équipes pointent plusieurs éléments : manque d’investissements sur les équipements critiques, sous-activité récurrente de certaines lignes, et usure du parc machine qui pèse sur l’OEE (Overall Equipment Effectiveness). Selon le reportage local initial, les salariés estiment que leurs alertes sur la maintenance et la modernisation n’ont pas été prises en compte avant l’annonce du PSE (article local).

Pourquoi cette décision ? Analyse industrielle

Trois facteurs industriels expliquent la décision :

  • Contraction du marché : la baisse durable de la construction neuve pèse sur la demande en briques de structure et accessoires, provoquant des sous-utilisations de capacités.
  • Sous-investissement cumulé : la capacité à produire efficacement est limitée si les lignes ne sont pas modernisées (automatisation, régulation énergétique, four et post-traitements).
  • Plateformes techniques et coûts énergétiques : le coût du gaz/énergie et les enjeux de décarbonation favorisent la concentration de la production sur les lignes les plus efficientes.

Dans ce contexte, la direction a privilégié une logique de consolidation de lignes plutôt que la maintenance éparse de l’ensemble du parc. Le groupe a aussi communiqué sur un plan d’investissements industriels de plus de 40 millions d’euros destiné à moderniser et décarboner plusieurs sites, une logique d’arbitrage stratégique souvent observée dans le secteur.

Chiffres clefs à retenir

  • ~7 postes potentiellement supprimés à Lasbordes.
  • Investissement annoncé : >40 M€ sur 5 sites, dont ~2 M€ pour Lasbordes.
  • Exemple comparable : arrêt d’une ligne à Durtal (Maine‑et‑Loire) avec ~37 postes concernés sur ce site, illustrant la tendance de restructuration du groupe.

Conséquences opérationnelles et risques pour la performance

La fermeture d’une ligne et le transfert d’activités engendrent plusieurs impacts immédiats : baisse des volumes produits localement, pression sur les cadences de la ligne restante, montée des coûts logistiques (transferts inter-sites) et fragilisation des compétences métiers spécifiques au process. Pour un directeur d’usine (persona DI), les risques opérationnels à surveiller incluent :

  • Perte de savoir-faire et temps d’adaptation des équipes transférées;
  • Risque de goulot d’étranglement sur la ligne restante ;
  • Incidence sur la qualité et le taux de rebut pendant la période de transition ;
  • Tensions sociales pouvant ralentir la production (débrayages, absentéisme).

Actions recommandées pour la direction industrielle

Face à ces enjeux, un plan structuré en 6 volets permet de limiter les effets négatifs et d’accompagner la transformation :

  1. Audit technique rapide (0–30 jours) : évaluer l’état des équipements, prioriser les maintenances critiques pour stabiliser l’OEE à court terme.
  2. Plan de continuité de production (30–90 jours) : redéployer les heures, ajuster les cadences et mettre en place des équipes multi‑compétences pour éviter les ruptures.
  3. Programme de reclassement et formation (3–6 mois) : construire des parcours de reconversion internes avec objectifs chiffrés (ex. : requalification de 60–80 % des postes concernés selon les profils).
  4. Dialogue social structuré : calendrier de réunions régulières avec le CSE, information claire sur les critères de reclassement et mesures d’accompagnement financières.
  5. Plan d’investissement ciblé : canaliser les budgets disponibles vers les leviers à ROI rapide (systèmes de pilotage, capteurs IoT pour maintenance prédictive).
  6. Veille marché et commercial : réorienter une part de la production vers des gammes à plus forte valeur ajoutée (briques spéciales, préfabrication) pour améliorer le mix produit.

Ces actions doivent comporter indicateurs de suivi : taux de reclassement (%), OEE cible (%), réduction des rebuts (%), délais de formation (heures), et capex consommé (€).

Calendrier juridique et social attendu

La procédure d’information‑consultation du CSE et la mise en place d’un PSE suivent un calendrier juridique : annonce, période de consultation (souvent 1 à 3 mois selon les cas), puis mesures individuelles de reclassement, aides et ruptures conventionnelles ou licenciements. Les élus disposent d’un droit d’expertise et d’un accompagnement par des experts. Le risque d’escalade sociale (grève, blocage ponctuel) est réel si le dialogue n’est pas perçu comme sincère.

Exemples d’aides et leviers publics

Pour accompagner les reclassements et la modernisation, plusieurs dispositifs peuvent être mobilisés :

  • Soutiens à la décarbonation et à la modernisation (ex. dispositifs Ademe / France 2030) pour financer partie des investissements.
  • Dispositifs locaux de formation et POEC/PARE (partenariats avec Pôle emploi, OPCO) pour accélérer la reconversion.
  • Accompagnement territorial (région Occitanie, agences de développement) pour faciliter les solutions de maintien d’emploi sur le bassin.

Perspectives et pistes pour préserver l’emploi local

Plusieurs trajectoires sont possibles selon l’arbitrage stratégique du groupe et la dynamique régionale :

  • Option 1 — Moderniser et maintenir : prioriser des investissements ciblés pour rendre la ligne restante durable et créer des gammes à plus forte valeur ajoutée.
  • Option 2 — Mutualiser et spécialiser : concentrer certaines étapes de production sur des sites dédiés et transformer Lasbordes en hub de finition/atelier technique.
  • Option 3 — Requalification externe : accompagner massivement les salariés vers d’autres secteurs en tension (logistique, maintenance industrielle, énergies renouvelables) avec des passerelles de formation.

Chaque scénario nécessite des engagements chiffrés et un calendrier transparent afin d’éviter la défiance locale et d’optimiser les chances de succès social et industriel.

Où trouver plus d’informations ?

Pour le dossier de presse et la communication officielle du site Terreal, la fiche site fournit des éléments historiques sur l’implantation de Lasbordes : fiche Terreal — Lasbordes. Le reportage local initial qui a déclenché les mobilisations est disponible ici : actu.fr — Lasbordes (Aude).

Pour le directeur d’usine : priorités immédiates

En tant que directeur industriel en charge d’un site confronté à une réorganisation, priorisez :

  • Stabiliser la production (plan d’actions 30–90 jours).
  • Lancer les diagnostics machine et sécurité (coûts et calendrier).
  • Engager un plan social pragmatique avec des objectifs chiffrés de reclassement et de formation.
  • Renforcer la communication locale et la transparence sur les chiffres pour restaurer la confiance.

Perspectives régionales et ouverture

La réorganisation à Lasbordes illustre une tendance de fond dans l’industrie de la terre cuite en France : arbitrage entre optimisation industrielle et préservation de l’emploi local. Le succès de la transformation dépendra de la capacité à allier investissements ciblés, dialogue social effectif et accompagnement territorial. Les dirigeants doivent désormais traduire les annonces financières en engagements mesurables pour le site et le bassin d’emploi de l’Aude.

En ouverture : suivre l’évolution du PSE, la mise en œuvre des investissements annoncés et les indicateurs de reclassement permettra de juger de la robustesse de la stratégie choisie et de son impact réel sur l’emploi industriel local.

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