Couple du Grand Est autour d'une table de cuisine, visiblement inquiets en consultant factures, calculatrice et ordinateur
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Hausse du surendettement : +10% en 2025, quels impacts pour le Grand Est ?

dossiers de surendettement : l’année 2025 marque une reprise notable des dépôts en France, avec une augmentation d’environ +9,8 % à +10 % selon les dernières communications. Pour le Grand Est, région déjà touchée par des fragilités structurelles sur certains bassins d’emploi, cette montée du surendettement appelle une lecture fine des risques et une anticipation de la part des directeurs administratifs et financiers.

Le constat national et ses chiffres clefs

La Banque de France a confirmé une hausse proche de 10 % des dossiers déposés en 2025 par rapport à 2024. En 2024, 134 803 dossiers avaient été enregistrés, soit une augmentation de +10,8 % par rapport à 2023. L’augmentation observée s’inscrit dans une dynamique qui a repris depuis 2024 et se manifeste également dans plusieurs indicateurs régionaux et ultramarins : par exemple, La Réunion a connu une progression de +17,2 % sur les 9 premiers mois de 2025 selon l’IEDOM.

Autres repères chiffrés : l’encours lié aux dossiers de surendettement était estimé à environ 4,5 milliards d’euros sur la période 2024, tandis que les inscriptions au FICP (fichier des incidents de remboursement) ont évolué de manière plus modérée, illustrant un glissement vers des dépôts sans crédit classique mais liés à des dépenses contraintes.

Facteurs explicatifs : pouvoir d’achat, dépenses contraintes et crédits alternatifs

Plusieurs facteurs convergent pour expliquer la hausse des dossiers de surendettement :

  • Restes d’inflation : l’augmentation persistante des dépenses alimentaires et d’énergie pèse sur les ménages modestes et moyens.
  • Dépenses contraintes : loyer, factures, santé — ces postes entraînent des dépôts de dossiers quand ils deviennent incompressibles.
  • Multiplication des crédits alternatifs : crédits renouvelables, paiements fractionnés et minicrédits peuvent masquer une fragilité croissante et accélérer la dérive des situations.

Quels signaux pour les entreprises et les directions financières du Grand Est ?

Pour un directeur administratif et financier (DAF) dans le Grand Est, la montée du surendettement signifie d’abord un risque de dégradation du portefeuille clients et une hausse potentielle des impayés. Les secteurs exposés sont ceux à forte composante consommation locale : commerce de détail, services à la personne, hôtellerie-restauration et certains sous-traitants industriels dépendant des ménages salaires régionaux.

Impact direct sur la trésorerie et le BFR

La hausse des impayés tend à allonger les délais de paiement et à augmenter le besoin en fonds de roulement (BFR). Une progression de 10 % des dossiers de surendettement peut se traduire, selon la structure clientèle de l’entreprise, par une hausse notable des créances douteuses et par la nécessité d’augmenter les provisions pour créances irrécouvrables.

Conséquences stratégiques

Au plan stratégique, les entreprises du Grand Est doivent repenser leurs politiques commerciales et de crédit client : durcir les conditions de vente à crédit, accélérer la relance, segmenter la clientèle pour préserver les comptes sains et adapter les offres commerciales aux ménages les plus fragiles.

Mesures opérationnelles recommandées pour les directeurs financiers

Voici des actions prioritaires, classées par horizon temporel, pour anticiper et limiter l’impact :

  • À court terme (0–3 mois) : audit rapide des créances, renforcement des relances automatisées, revue des conditions de paiement et mise en place d’un scoring de risque clients.
  • À moyen terme (3–12 mois) : segmentation des portefeuilles clients, requalification des marges par segment, renégociation des lignes de crédit fournisseurs pour sécuriser la trésorerie.
  • À long terme (12–24 mois) : adaptation des modèles de vente (plus de prépaiement ou d’abonnement), formation des équipes commerciales au traitement des clients fragiles, mécaniques de détection précoce du risque de défaillance.

Outils et indicateurs à suivre

Paramètres opérationnels à intégrer au tableau de bord :

  • Taux d’impayés mensuel et évolution trimestrielle.
  • Délai moyen de paiement clients (DSO).
  • Nombre de dossiers clients orientés vers médiation ou contentieux.
  • Indicateurs socio-économiques régionaux (taux de chômage, variations CPI locale).

Action publique et dispositifs d’accompagnement

La Banque de France a annoncé un renforcement des moyens pour traiter le flux accru de dossiers et l’exploration d’outils numériques pour améliorer l’instruction. Les acteurs sociaux et associatifs (par exemple Crésus) signalent l’importance d’un accompagnement global des ménages, mêlant conseil budgétaire et recherche de solutions de restructuration.

Pour approfondir les chiffres nationaux et régionaux, le rapport mensuel de la Banque de France sur l’inclusion financière fournit des séries et des données par territoire.

Focus Grand Est : territoires, secteurs et disparités

Dans le Grand Est, plusieurs bassins sont plus vulnérables du fait d’un tissu industriel transformé, de revenus médians plus faibles dans certaines zones et d’un taux de chômage structurellement plus élevé dans quelques départements. Les directions financières doivent donc adapter les mesures selon la localisation : une entreprise basée en zone rurale mosellane ne fait pas face aux mêmes risques qu’un acteur central à Strasbourg ou Nancy.

Exemples concrets

Quelques enseignements repérés par les observateurs régionaux :

  • Commerces de proximité : hausse des demandes d’échelonnement et ralentissement du flux de clients non essentiels.
  • Secteur tertiaire local : pression sur la rémunération disponible des salariés, entraînant une baisse de la dépense discrétionnaire.
  • Sous-traitance industrielle : reports de paiement client affectant la chaîne de valeur, avec besoin d’anticiper les tensions de trésorerie.

Bonnes pratiques : prévention, coopération et communication

Les directeurs financiers gagneront à mettre en place un dispositif intégré de prévention :

  1. Coordonner comptabilité, crédit client et commercial pour détecter rapidement les signaux faibles.
  2. Mettre en place des politiques d’escompte ou de prépaiement pour clients à risque identifié.
  3. S’appuyer sur des partenariats locaux (associations, chambres consulaires) pour orienter les clients fragiles vers des dispositifs d’aide.

Ressources et sources pour approfondir

Les rédacteurs et décideurs qui souhaitent compléter leur diagnostic regional peuvent consulter notamment :

Anticiper pour piloter : pistes pour les prochains 12 mois

Sur le plan opérationnel, il est conseillé d’actualiser les scénarios de trésorerie à trois horizons (3–6–12 mois), d’intégrer un indicateur de fragilité client dans le scoring et d’envisager des solutions de financement court terme dédiées à la sécurisation du BFR. La combinaison d’actions préventives et d’une veille sur l’évolution des politiques publiques permettra aux entreprises du Grand Est de limiter l’impact économique d’une hausse durable du surendettement.

Un cap d’action pour les DAF

Face à une hausse de près de 10 % des dépôts de dossiers de surendettement, les directions financières doivent conjuguer réactivité (relance, audits de créances) et stratégie (restructuration commerciale, révision des conditions de paiement). La coopération avec les acteurs publics et associatifs, et l’utilisation d’outils numériques pour détecter le risque client, seront des leviers décisifs pour préserver la trésorerie et la continuité d’activité dans le Grand Est.

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