Au niveau national, l’Insee a publié le 6 novembre 2025 une estimation flash indiquant un recul de 0,3 % de l’emploi salarié privé au troisième trimestre 2025 (‑60 600 emplois) et une baisse de 0,5 % sur un an (‑112 100 emplois). Ce premier paragraphe situe immédiatement l’enjeu : l’emploi salarié privé Normandie est exposé à ce retournement et les conséquences diffèrent selon les secteurs et les bassins d’emploi régionaux.
Contexte national et transmission régionale
L’Insee identifie la baisse des contrats en alternance comme l’un des facteurs majeurs de la contraction trimestrielle. À cela s’ajoutent des éléments conjoncturels : ralentissement de la demande, prudence des recruteurs dans le tertiaire marchand et ajustements dans la construction. Nationalement, le taux de chômage au sens du BIT est monté à 7,7 % au 3ᵉ trimestre 2025 (augmentation de 0,3 point sur le trimestre).
Ces signaux nationaux se transmettent à la Normandie via des canaux déjà connus : dépendance accrue de certains territoires aux secteurs manufacturiers, exposition de l’agroalimentaire aux variations d’exportation et aux prix des intrants, et fragilité de bassins d’emploi mono‑activités. Le recul de l’emploi en France n’impacte pas uniformément la région : certaines zones urbaines (Le Havre, Caen, Rouen) montrent davantage de résilience grâce à des marchés plus diversifiés.
Portrait sectoriel en Normandie : qui est le plus exposé ?
Agroalimentaire et industries agro‑productrices
La Normandie demeure l’un des principaux pôles agroalimentaires de France (lait, produits laitiers, viande, cidrerie). Le secteur emploie des dizaines de milliers de salariés et est sensible aux variations de la demande intérieure et export. Les entreprises de transformation ont commencé à ajuster les plans de charge à l’automne 2025, avec des heures de travail réduites dans certaines PME. Selon les chambres consulaires régionales, plusieurs sites ont annoncé des mesures d’activité partielle ou des rotations, affectant surtout les contrats temporaires et saisonniers.
Automobile, aéronautique et sous‑traitance industrielle
La sous‑traitance industrielle normande, liée à l’automobile et à l’aéronautique, subit la conjoncture mondiale : ralentissement des commandes et révision des calendriers d’investissement. Certains équipementiers ont gelé des embauches prévues au 4ᵉ trimestre 2025. Les effets se traduisent là encore par un repli des CDD et intérims, catégories contributrices au mouvement décrit par l’Insee.
Logistique, ports et activités maritimes
Les grands ports normands, notamment Le Havre, restent des hubs exportateurs. Toutefois, les volumes de conteneurs et la cadence des opérations suivent la demande européenne : un léger tassement des flux fin 2025 se traduit par une modération des recrutements dans la manutention et le transport routier.
Construction et BTP
La construction, déjà affectée à l’échelle nationale, montre des signes similaires en Normandie : baisse des permis de construire et report de certains projets d’infrastructure ralentissent les embauches. Les sous‑traitants, souvent en petits effectifs, sont les premiers touchés.
Chiffres régionaux récents (synthèse)
- Recul national de l’emploi salarié privé : -0,3% au 3ᵉ trimestre 2025 (Insee, 06/11/2025)
- Taux de chômage national : 7,7% au 3ᵉ trimestre 2025 (Insee, 13/11/2025)
- Impact sur la Normandie : perte concentrée sur contrats précaires (CDD, intérim, alternance) et sur secteurs exposés (agroalimentaire, BTP, sous‑traitance)
Impacts localisés : bassins d’emploi et territoire
La Normandie comporte des disparités marquées : les métropoles (Caen, Rouen, Le Havre) offrent davantage d’opportunités dans les services et la logistique, tandis que les territoires ruraux axés sur l’agroalimentaire ou la construction présentent une vulnérabilité plus forte. Par exemple :
- Le Havre : exposition aux cycles portuaires et à la logistique internationale ; recrutement modulé selon les flux de fret.
- Seine‑Maritime et Eure : densité d’équipementiers et d’unités industrielles ; sensibilité aux rebonds de l’industrie.
- Calvados et Manche : présence d’industries agroalimentaires et d’unités laitières ; saisonnalité et recours aux contrats temporaires.
Réactions des acteurs régionaux
Les chambres de commerce régionales et les fédérations professionnelles appellent à la vigilance. Elles insistent sur deux leviers prioritaires : maintenir les formations en alternance sur les filières stratégiques et soutenir la transition numérique et écologique des PME pour préserver l’emploi qualifié. Les syndicats régionaux signalent des tensions accrues sur les emplois précaires et demandent des mesures ciblées pour protéger les jeunes et les travailleurs en reconversion.
Mesures publiques et pistes d’action pour la Normandie
Plusieurs axes d’intervention peuvent limiter l’impact du retournement national sur l’emploi régional :
- Maintien et ciblage des dispositifs d’alternance : contrats d’apprentissage et de professionnalisation restent essentiels pour l’employabilité des jeunes et pour répondre aux besoins des entreprises.
- Soutien aux filières stratégiques : aides à la modernisation pour l’agroalimentaire, subventions à l’automatisation dans la sous‑traitance, et financements pour l’écoconception.
- Transition professionnelle accélérée : développement de formations courtes et certifiantes (CPF, formation continue) pour orienter les salariés des secteurs en baisse vers les métiers porteurs (maintenance industrielle, logistique 4.0, énergie renouvelable).
- Accompagnement des PME : diagnostics RH, dispositifs de partage d’emploi, soutien à l’investissement pour conserver l’emploi qualifié.
Conséquences pour les décideurs industriels
Pour un directeur industriel normand, le contexte impose trois priorités opérationnelles :
- Revoir la gestion prévisionnelle des emplois et compétences (GPEC) pour limiter les ruptures de compétence.
- Renforcer la coopération avec les centres de formation locaux (CFA, universités) pour sécuriser les recrutements en alternance de qualité.
- Planifier des investissements ciblés pour améliorer la résilience (automatisation flexible, diversification de clientèle, réduction des coûts énergétiques).
Indicateurs à suivre dans les prochains mois
Pour juger de l’évolution, surveiller au moins six indicateurs :
- Nombre de contrats d’apprentissage signés en Normandie (mensuel/trimestriel).
- Évolution des offres d’emploi publiées dans les secteurs industriels clés.
- Volume d’heures intérimaires (baromètre Prism’Emploi / Dares).
- Taux de chômage régional par bassin (Insee, Pôle emploi).
- Permis de construire et investissements de la construction (héritage du BTP).
- Flux portuaires et volumes d’exportation via Le Havre.
Ressources et lectures complémentaires
Pour approfondir l’analyse et consulter les données sources :
- Estimation flash Insee (06/11/2025) — emploi salarié privé
- Insee — taux de chômage BIT (13/11/2025)
- Région Normandie — politiques économiques et emploi
Perspectives et signaux d’alerte
Si la baisse actuelle se concentre sur les formes d’emploi les plus fragiles, un prolongement du repli national recommanderait des réponses plus structurelles, notamment une stratégie régionale d’attractivité industrielle et d’investissement dans les compétences. Les indicateurs de recrutement, l’intensité des licenciements collectifs et la hausse durable du chômage de longue durée seront les signaux clés à monitorer pour anticiper une détérioration plus généralisée.
Dernier point pour les acteurs locaux
Pour la Normandie, la transition entre conjoncture et structuralité dépendra de la rapidité des arbitrages : soutenir l’alternance et la formation, accélérer la modernisation des PME et préserver les filets de protection sociale permettra de limiter l’impact humain du recul de l’emploi salarié privé observé au niveau national. Les décideurs industriels doivent combiner vigilance opérationnelle et actions anticipées pour protéger compétences et savoir‑faire régionaux.






Laisser un commentaire