L’activité économique Normandie a reculé de 0,4 % au troisième trimestre 2025 selon les récents tableaux de bord de l’Insee, un repli surtout porté par la construction. Malgré ce recul d’activité, l’emploi salarié est resté globalement stable et le taux de chômage au sens du BIT s’échelonne à 7,3 %, légèrement inférieur à la moyenne nationale. Ce décalage entre activité et emploi pose des questions opérationnelles et stratégiques pour les dirigeants et les collectivités de la région.
Données essentielles : le diagnostic chiffré
Les indicateurs régionaux publiés début janvier 2026 par l’Insee montrent plusieurs chiffres clés pour le T3 2025 en Normandie :
- Activité : -0,4 % sur le trimestre (Indicateur régional consolidé, Insee).
- Emploi salarié : niveau global quasi-stable ; emploi total régional autour de 1,23 million d’emplois (données CVS).
- Chômage (BIT) : 7,3 % au 3ᵉ trimestre 2025.
- Intérim : environ 36,5 milliers d’emplois intérimaires au T3 2025, avec une stabilisation récente après des baisses antérieures.
- Créations d’entreprises : près de 10 240 créations au trimestre (dynamique entrepreneuriale soutenue).
Pour consulter la note complète de l’Insee : Tableau de bord Normandie (Insee) et le point emploi régional : Emploi salarié en Normandie (Insee). Le focus médiatique initial est accessible via Le Journal des Entreprises.
Quels secteurs expliquent le recul ?
Le repli de l’activité économique Normandie est inégalement réparti entre les secteurs. Trois ensembles sectoriels se distinguent :
Construction : contraction et signaux contradictoires
Le secteur de la construction est le plus affecté : baisse des heures rémunérées et stagnation, voire recul, des mises en chantier au T3 2025. En parallèle, les autorisations de construire pour les locaux non résidentiels affichent une reprise de la surface de plancher, ce qui traduit un décalage temporel entre autorisations et démarrages de chantiers. Ce phénomène pèse à la fois sur l’activité industrielle liée au bâtiment et sur l’intérim dans le secteur.
Industrie : ralentissement et transitions
L’industrie régionale contribue au repli d’activité, avec des sous-secteurs (métallurgie, construction navale, équipement mécanique) impactés par un niveau de commandes fluctuantes. Certaines filières d’export continuent de tirer parti d’efforts de compétitivité, mais globalement la cadence productive reste inférieure à celle de l’année précédente.
Services : un amortisseur relatif
Les services marchands et non marchands jouent un rôle d’amortisseur. Le tertiaire poursuit une création d’emplois limitée mais régulière, notamment dans les services aux entreprises, la santé et l’éducation. Cette résilience explique en partie pourquoi l’emploi salarié reste stable malgré le recul de l’activité.
Emploi : stabilité malgré le ralentissement
La Normandie affiche une stabilité de l’emploi salarié au T3 2025, un signe que les entreprises privilégient souvent l’ajustement des heures et des contrats temporaires avant de procéder à des licenciements structurels. L’intérim, après une phase de contraction, tend à se stabiliser autour de 36,5k, ce qui limite les variations nettes du chômage.
Le taux de chômage à 7,3 % est inférieur à la moyenne nationale mais masque des disparités territoriales entre départements (Seine‑Maritime, Calvados, Manche, Orne, Eure). Certaines zones urbaines et littorales restent mieux armées en termes d’emploi industriel et portuaire, tandis que les territoires rurales subissent des tensions sur l’emploi.
Impact pour les entreprises et les décideurs locaux
Pour les dirigeants financiers et industriels, la divergence entre activité et emploi implique plusieurs conséquences pratiques :
- Pressions sur les marges : baisse d’activité conduit à une moindre absorption des coûts fixes, d’où nécessité d’optimiser la productivité et la trésorerie.
- Gestion des ressources humaines : recours accru à l’aménagement du temps de travail, formation et mobilité interne plutôt que ruptures massives.
- Investissements différés : des projets de CAPEX, en particulier dans la construction et l’immobilier d’entreprise, sont repoussés, même si les autorisations remontent.
- Tension sur le recrutement qualifié : malgré un chômage modéré, les besoins ciblés (techniques, logistique, santé) restent difficiles à couvrir.
Politiques publiques et projets structurants à suivre
La trajectoire de la Normandie dépendra aussi des décisions publiques et des grands projets régionaux. Plusieurs leviers sont à surveiller :
- Les programmes de soutien à la reconversion industrielle et aux filières stratégiques (énergies renouvelables, naval, agroalimentaire).
- Les investissements portuaires et logistiques autour du Havre et des ports secondaires, susceptibles de soutenir l’activité industrielle et les services associés.
- Les dispositifs d’accompagnement des PME et ETI pour la transition numérique et énergétique (aides régionales, France 2030, etc.).
Les dirigeants peuvent consulter les publications statistiques et fiches territoriales de l’Insee pour calibrer leurs décisions : données Insee Normandie.
Recommandations concrètes pour les directions financières
Face à un repli d’activité modéré mais significatif, les DAF et DRH des entreprises normandes peuvent prioriser :
- Scénarios de trésorerie : réviser les plans de trésorerie sur 12-18 mois, tester plusieurs hypothèses de CA et d’EBITDA.
- Optimisation des coûts industriels : audit des achats, grappes fournisseurs, mutualisation de services support.
- Politique RH adaptative : montée en compétences via formation, recours au temps partiel modulé et reconversion interne.
- Suivi des aides publiques : candidatures aux dispositifs régionaux et nationaux visant la réindustrialisation et la transition écologique.
Signaux à surveiller et perspectives
Plusieurs indicateurs permettront d’évaluer si le repli est conjoncturel ou amorce d’un retournement durable :
- Évolution des mises en chantier et des autorisations de construire (SDES / Insee).
- Données mensuelles sur les heures rémunérées et l’intérim (baromètre Insee).
- Commande industrielle et carnet de commandes des principaux donneurs d’ordre régionaux.
- Flux d’investissements publics et privés, notamment liés aux infrastructures portuaires et à l’énergie.
Pour un point synthétique sur l’emploi et les évolutions trimestrielles, la note Insee sur l’emploi salarié au 3ᵉ trimestre 2025 reste la référence : publication Insee – emploi T3 2025. Un article de presse qui reprend ces éléments est disponible ici : Le Journal des Entreprises — conjoncture Normandie.
Vers de nouvelles priorités régionales
Le léger recul de l’activité économique Normandie au T3 2025 souligne la nécessité d’un pilotage fin entre court terme (soutien aux entreprises, maintien de l’emploi) et moyen terme (relocalisations, transition énergétique, formation). Les décideurs économiques et politiques devront coordonner mesures d’accompagnement et investissements structurants pour transformer cette période de ralentissement en opportunité de modernisation.






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