transport de CO₂ : NaTran a ouvert le 16 décembre 2025 un appel à manifestation d’intérêt (AMI) visant à structurer une infrastructure de transport de CO₂ mutualisée entre plusieurs régions, avec un focus fort sur les Hauts‑de‑France. Cette première étape non engageante doit permettre de recenser les émetteurs, les volumes potentiels et les besoins logistiques avant d’engager des études de faisabilité et de dimensionnement.
Qu’est‑ce que couvre cet AMI ?
L’AMI, ouvert du 16 décembre 2025 au 28 février 2026, cible un périmètre inter‑régional qui comprend les Hauts‑de‑France, le Grand Est, la Normandie et l’Île‑de‑France. Il vise à identifier des acteurs industriels, des ports, des opérateurs logistiques et des fournisseurs de services intéressés par un réseau capable d’acheminer des flux de CO₂ vers des sites de valorisation ou d’export via le port de Dunkerque.
Selon les éléments publics communiqués par NaTran, le schéma envisagé pourrait représenter une longueur d’infrastructure de l’ordre de 1 000 km et viser, à terme, des capacités de l’ordre de jusqu’à 10 millions de tonnes de CO₂ par an. Ces ordres de grandeur servent à orienter la collecte d’expressions d’intérêt et à identifier des segments prioritaires pour les études techniques.
Objectifs industriels et logistiques
L’objectif affiché est triple :
- Mutualiser des capacités de transport pour réduire les coûts unitaires et faciliter l’accès au stockage ou à la valorisation.
- Remplir les capacités par une approche multi‑usagers impliquant industries lourdes, sites de méthanisation, chaufferies biomasse et centres logistiques.
- Connecter les économies régionales aux infrastructures d’export ou de stockage en mer via Dunkerque et des corridors européens.
NaTran positionne ce corridor comme complémentaire aux projets locaux (ex. DKHARBO à Dunkerque) et aux corridors internationaux (notamment les travaux d’Equinor sur le CO2 Highway Europe), permettant d’articuler captage national et stockage offshore.
Périmètre régional : pourquoi les Hauts‑de‑France sont centraux
Les Hauts‑de‑France concentrent un tissu industriel dense (chimie, sidérurgie, cimenterie, logistique portuaire) et des ports majeurs : la région est ainsi logiquement identifiée comme un nœud critique. L’AMI vise à cartographier les sites potentiels d’émission et à mesurer la capacité d’absorption locale par valorisation (chimie, carburants synthétiques) ou export.
La proximité du port de Dunkerque, déjà impliqué dans plusieurs initiatives CO₂, est un atout stratégique : elle facilite le rassemblement de flux et l’accès à des solutions d’export/stockage en mer. Sur le volet local, NaTran mentionne explicitement la connexion envisagée vers le hub dunkerquois et des possibilités de transport multimodal (pipeline, barges, trains).
Acteurs attendus et gouvernance
L’AMI cherche à fédérer un large spectre d’acteurs : grands émetteurs industriels, exploitants de sites de méthanisation, opérateurs portuaires, chargeurs logistiques, aménageurs et collectivités. NaTran proposera ensuite une gouvernance partagée lors de la phase de préfaisabilité, afin de définir les modalités d’accès, les règles de tarification et les responsabilités opérationnelles.
Pour s’informer et répondre, les porteurs d’intérêt sont invités à consulter la page de l’AMI de NaTran qui détaille le cahier des charges et la procédure de dépôt.
Volumes et modélisation économique
Les chiffrages proposés (≈ 1 000 km et 10 MtCO₂/an) correspondent à des ambitions visant la massification : économiquement, un corridor devient viable si la densité des flux est suffisante pour amortir investissements et coûts fixes. NaTran entend utiliser l’AMI pour recueillir des estimations de volumes par site et par segment temporel (2025‑2035), afin d’élaborer des scénarios financiers consolidés.
Les acteurs sollicités devront préciser : volumes annuels captés, modes de transport préférés, contraintes opérationnelles (horaires, tolérances de pureté du CO₂) et options de valorisation. Ces données permettront de calibrer des solutions techniques — pipelines, trains citernes ou barges fluviales — et d’identifier des segments prioritaires.
Interopérabilité et liens avec d’autres initiatives
Le projet se veut interopérable avec d’autres démarches nationales et européennes : NaTran cite explicitement des projets régionaux et le corridor d’export en Mer du Nord, pour assurer une cohérence entre infrastructures locales et corridors d’export. La coordination est également nécessaire pour éviter les doublons d’investissement et optimiser les connexions portuaires et hinterland.
Une première mention médiatique du lancement de l’AMI a été relevée dans la revue de presse technique, confirmant l’intérêt du monde industriel et des ingénieries pour cette démarche (revue de presse Techniques de l’Ingénieur).
Enjeux logistiques et contraintes techniques
Sur le plan logistique, le transport de CO₂ soulève des défis spécifiques : gestion des courants de flux, compatibilité des infrastructures existantes, sécurité des réseaux et adaptation aux volumes variables (saisonnalité, cycles industriels). La question du format de transport (phase supercritique, liquéfiée, en solution) influe directement sur les coûts et la conception des installations.
Un autre point critique est la nature multi‑usager du réseau : il faudra définir des règles d’accès, de réservation de capacité, et des mécanismes de mutualisation des coûts pour éviter que les premiers entrants supportent l’essentiel des dépenses d’investissement.
Impact économique attendu pour les Hauts‑de‑France
Pour la région, la création d’un corridor inter‑régional de transport de CO₂ peut générer plusieurs bénéfices concrets : maintien et adaptation de sites industriels, création d’emplois dans les phases d’études et de construction, montée en compétences dans les métiers du CCUS (captage, transport, valorisation), et renforcement du rôle logistique des ports régionaux.
Des retombées indirectes sont également attendues : développement de filières de valorisation (e‑carburants, chimie bas‑carbone) et renforcement de la souveraineté industrielle face aux obligations réglementaires d’émissions. Le calendrier reste cependant dépendant des décisions politiques et des financements publics/privés.
Cadre réglementaire et leviers financiers
Le déploiement d’un corridor CO₂ s’inscrit dans un cadre national et européen en évolution (réglementation CCUS, mécanismes de soutien à la capture et à la valorisation). Les porteurs doivent prendre en compte les conditions d’accès aux aides, les modèles de tarification des infrastructures et les obligations de reporting environnemental.
Le montage économique pourra combiner capitaux privés, subventions publiques (nationales ou européennes) et mécanismes de régulation incitatifs. Une coordination avec les collectivités locales des zones concernées sera indispensable pour sécuriser foncier, approbations administratives et acceptabilité.
Calendrier et prochaines étapes
Le calendrier annoncé :
- Phase d’AMI : 16/12/2025 → 28/02/2026 (recueil d’expressions d’intérêt).
- Phase de préfaisabilité et études techniques : 2026 (si intérêt suffisant).
- Études détaillées, discussion des modèles économiques et consultations publiques : 2027‑2029.
- Objectif de premières opérations pilotes et connexions portuaires : fin des années 2020/ début des années 2030 selon avancement des projets adjacents.
Par ailleurs, NaTran mentionne l’articulation possible avec le projet DKHARBO à Dunkerque, qui ferait office de hub régional pour la consolidation des flux et l’export.
Perspectives locales et calendrier
Pour les acteurs régionaux (industriels, logisticiens, élus), l’AMI constitue une fenêtre d’opportunité pour positionner des besoins et peser sur le dimensionnement du futur réseau. Les réponses déposées d’ici fin février 2026 permettront de prioriser des segments, d’identifier des solutions techniques adaptées et d’engager des discussions sur le partage des coûts.
À l’échelle des Hauts‑de‑France, la réussite d’un corridor inter‑régional dépendra de la capacité à fédérer une masse critique d’émetteurs, à sécuriser des financements et à synchroniser les calendriers entre infrastructures terrestres et capacités portuaires d’export. Le chemin est lancé : l’AMI de NaTran ouvre désormais la phase de dialogue et de co‑conception.






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