Port de Cherbourg dans le Cotentin: grue lourde électrique au premier plan, quais et navire, horizon with éoliennes, scène éditoriale
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Au Cotentin, Sarens amorce la décarbonation de sa flotte de grues

La décarbonation des grues s’impose désormais comme un axe stratégique chez Sarens dans le Cotentin. Spécialiste international du levage lourd présent à Cherbourg et Sainte‑Croix‑Hague, le groupe combine acquisitions de matériels électriques, conversions hybrides et coopération avec les acteurs portuaires pour réduire l’empreinte carbone de ses opérations tout en maintenant la capacité de levage requise par les grands chantiers.

Chapo : pourquoi ce virage maintenant ?

Le contexte régional pèse fortement : montée en charge des projets nucléaires et éoliens, investissements portuaires et une dynamique d’emploi — près de 6 000 emplois attendus d’ici 2034 dans le Cotentin selon les études régionales — poussent les prestataires de levage à aligner leur offre avec des objectifs de sobriété énergétique et des contraintes réglementaires. Pour un directeur industrie (DI), la transition de la flotte est à la fois une contrainte opérationnelle et une opportunité de différenciation commerciale.

Quelles actions concrètes chez Sarens ?

Sarens multiplie les initiatives techniques et industrielles. Parmi les annonces et réalisations récentes :

  • Déploiement de grues entièrement électriques : le constructeur-gestionnaire a conçu et présenté le modèle SGC‑170, décrit comme « fully electric, zero‑emissions » et doté d’un entraînement modulaire électrique développé en interne. Présentation SGC‑170 sur Sarens.
  • Acquisitions opérationnelles de matériels électriques : Sarens a pris livraison en France d’un crawler crane pure‑électrique SANY SCC2000A‑EV, déjà testé et mis en service sur des chantiers sensibles pour réduire émissions locales et nuisances sonores. Article sur le SANY SCC2000A‑EV.
  • Extension de la flotte « verte » : commandes et intégration de modèles à batterie (Spierings eLift) permettant, selon Sarens, des réductions significatives de consommation (jusqu’à -90% de carburant sur certaines opérations de tour mobile électrique en mode électrique vs thermique).
  • Programmes internes : modernisation des pratiques de maintenance et outils de planification pour optimiser les consommations et réduire les déplacements non productifs.

Les solutions techniques déployées

Trois familles de solutions émergent et se complètent :

1) Les grues 100% électriques

Les modèles pure‑électriques (ring cranes, crawler EV) utilisent des batteries haute capacité et une gestion thermique avancée pour assurer des plages opérationnelles de plusieurs heures. Ils sont adaptés aux sites urbains, aux opérations nocturnes et aux zones sensibles où le bruit et les émissions sont limitants.

2) Les tours et mobiles à batterie (eLift)

Les grues à tour électriques fonctionnent majoritairement sur réseau ou batterie et basculent en hybride si besoin. Sarens signale des taux d’utilisation électrique élevés sur ces matériels, ce qui réduit l’usage de moteurs thermiques pendant 40% à 63% du temps selon les modèles et configurations.

3) Les solutions hybrides et rétrofits

Pour le parc existant, la voie du retrofit (packs batteries, E‑packs, optimisation moteurs) est privilégiée quand le remplacement pur et simple n’est pas économiquement pertinent. Ce mix permet de réduire rapidement les émissions tout en maîtrisant les investissements.

Impact local : ports, chantiers et sous‑traitance

Le basculement vers des matériels plus propres s’inscrit dans un maillage d’acteurs. À Cherbourg, les projets d’électrification des quais et l’achat d’équipements portuaires renforcent l’écosystème favorable à l’exploitation de grues électriques :

  • Le plan de Ports de Normandie prévoit l’électrification des quais et l’achat d’une grue de 200 tonnes ; l’électrification annoncée permettrait d’éviter près de 5 000 tonnes CO2 par an selon les estimations du dossier de présentation. Dossier Ports de Normandie (investissements).
  • La proximité d’appels d’offres EMR (éolien en mer) et de grands chantiers navals implique une demande croissante pour des opérations de levage à faible empreinte carbone.
  • Les sous‑traitants locaux devront adapter leurs offres : transport routier, manutention et logistique de pièces volumineuses seront concernés par la contrainte de décarbonation en chaîne.

Enjeux pour un directeur industrie (DI) et pour les usines locales

Pour un DI, l’arrivée de grues électriques chez un prestataire de levage transforme plusieurs paramètres :

  • Planification énergétique : disponibilité d’alimentation électrique sur site, gestion des pics et raccordement provisoire pour recharges rapides.
  • Organisation logistique : révision des schémas de transport et de montage pour tirer parti du silence et des autorisations horaires des grues électriques.
  • Coûts et TCO : le coût d’achat d’un matériel électrique reste supérieur à l’équivalent diesel mais le TCO peut être inférieur sur 5‑10 ans grâce à la baisse des carburants, des entretiens moteurs et des contraintes environnementales.
  • Compétences : nécessité de former opérateurs, électriciens et équipes maintenance aux systèmes batteries, gestion d’énergie et cybersécurité liée aux boîtiers électroniques.

Chiffres et repères utiles

  • Projection régionale : 6 000 emplois industriels attendus en Manche (Cotentin) à l’horizon 2034, avec un besoin fort en techniciens (soudures, maintenance, électricité). Briefing Choiseul (Cotentin).
  • Réduction potentielle de nuisances : les grues électriques diminuent le bruit et les émissions locales, facilitant les opérations dans des zones sensibles ou proches d’habitations.
  • Exemple opérationnel : Sarens a franchi des jalons de sécurité et de performances sur la région (1000 jours sans accident déclaré sur un programme majeur), ce qui renforce la confiance des donneurs d’ordre pour des opérations combinant sécurité et faibles émissions.

Risques, limites et conditions de réussite

La décarbonation ne va pas sans défis :

  • Réseau électrique local : certains sites industriels peuvent nécessiter renforcement de la fourniture électrique pour alimenter charges de recharge lourdes.
  • Autonomie et cycle de vie des batteries : la gestion des batteries (durée, cycles, recyclage) impose une filière et des coûts annexes.
  • Investissements initiaux : arbitrages CAPEX/OPEX indispensables, avec souvent besoin d’un soutien public ou d’un partage des coûts entre donneurs d’ordre et prestataires.

Ce que cela annonce pour les industriels locaux

La décarbonation des grues conduite par Sarens illustre une tendance plus large : l’ensemble de la chaîne (ports, logisticiens, donneurs d’ordre industriels) doit intégrer les contraintes énergétiques et adapter ses investissements. Pour un directeur industrie, c’est l’occasion de revoir le calendrier de ses opérations, d’anticiper les besoins électriques et de construire des partenariats avantageux avec des prestataires capables d’offrir des solutions bas‑carbone.

À court terme, les bénéfices visibles sont : réduction des émissions locales, facilitation d’autorisation de chantiers en zones urbaines et diminution du bruit. À moyen terme, l’intégration cohérente des ressources électriques portuaires et industrielles peut générer des gains structurels (TCO amélioré, image RSE renforcée, conformité réglementaire).

Recommandations opérationnelles pour un DI

  1. Cartographier la consommation électrique et anticiper les besoins de recharge sur sites (définir points de raccordement temporaires ou permanents).
  2. Prioriser les chantiers pilotes pour tester grues électriques et hybrides, mesurer gains réels et ajuster les règles d’intervention.
  3. Intégrer clauses contractuelles sur empreinte carbone et partage des coûts de transition avec les prestataires.
  4. Investir dans la montée en compétences internes (formation maintenance batteries, sécurité électrique, gestion énergie).

Points de vigilance

Veiller à contractualiser les niveaux de service (SLA) pour la disponibilité des matériels électriques, prévoir plans B de secours (grues hybrides), et suivre les indicateurs d’émissions et de coûts pour réajuster la stratégie.

Pour aller plus loin

Sur les innovations matérielles et les retours d’expérience, consulter la présentation officielle de Sarens sur le SGC‑170 et le reportage sur l’arrivée du SANY SCC2000A‑EV, ainsi que les documents portuaires sur l’électrification des quais cités plus haut.

Ouverture — cap sur une filière levage bas‑carbone

La transition enclenchée par Sarens au Cotentin est un signal fort pour l’écosystème industriel normand. Pour transformer l’essai, il faudra combiner investissements publics (infrastructures électriques, bornes de charge), financements privés et adaptation des compétences locales. Sur le plan stratégique, les directeurs d’usines et responsables industriels doivent dès aujourd’hui dialoguer avec leurs prestataires de levage pour intégrer la décarbonation des grues dans leurs feuilles de route et en faire un levier d’efficacité opérationnelle et d’attractivité territoriale.

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