Le recyclage de la glassine entre désormais dans une nouvelle phase industrielle avec l’ouverture d’une deuxième unité Soprema en France. Implantée à Beaune (Côte-d’Or), l’usine a été inaugurée début février 2026 et vise à transformer des résidus d’étiquettes en ouate de cellulose pour l’isolation, combinant circularité et réduction d’empreinte carbone.
Un projet industriel chiffré et rapide à mettre en œuvre
L’investissement annoncé s’élève à 30 millions d’euros pour un bâtiment de 14 700 m² mis en service fin novembre 2025 et inauguré officiellement le 5 février 2026. La capacité nominale de production est de 25 000 tonnes par an, portant la capacité française du groupe à environ 45 000 t/an lorsque l’on additionne l’usine de Cestas. Le modèle industriel repose sur une ligne continue d’environ 100 mètres capable d’une production d’approximativement 6 tonnes/heure, avec un conditionnement en balles de 12,5 kg (soit ~480 balles/heure).
Process et efficience : une usine sans eau ni gaz
Le procédé mis en œuvre à Beaune est essentiellement mécanique : pas d’utilisation d’eau ni de gaz pour la transformation, ce qui réduit les besoins énergétiques directs. Des brevets couvrent plusieurs étapes du procédé, développées puis optimisées depuis l’unité pilote de Cestas. Selon les responsables techniques, la méthode permet une valorisation de la glassine avec un bilan environnemental favorable par rapport aux isolants minéraux, notamment grâce à la substitution et à l’utilisation de matières secondaires.
Équipements et sobriété énergétique
Le site intègre des mesures d’efficience : récupération des eaux pluviales, toiture photovoltaïque (environ 3 000 panneaux couvrant ~10 % des besoins), toiture végétalisée et revêtement Cool Roof. L’approche vise la réduction des consommations en phase d’exploitation et la limitation des émissions liées à la chaîne industrielle.
Approvisionnement : sécuriser la matière première secondaire
La collecte de la glassine est opérée via la filiale dédiée Sopraloop et un réseau de fournisseurs massifiés. Soprema indiquait valoriser près de 10 000 tonnes de matières en 2025, avec un réseau de collecte s’étendant sur une dizaine de pays pour réduire la variabilité d’approvisionnement. Le gisement européen est estimé autour de 550 000 t/an, dont ~80 000 t/an en France selon les évaluations sectorielles.
Partenariats et sécurisation
Des accords en amont avec des fabricants d’étiquettes et conditionneurs — citons des coopérations antérieures avec des acteurs comme UPM Raflatac — facilitent la massification des flux et la qualité des entrants. Sur la page de contexte industriel, un article détaille ces coopérations et la montée en capacité de collecte : contexte des partenariats d’approvisionnement.
Emploi et retombées régionales
Les emplois directs sur site sont prévus d’évoluer progressivement : le démarrage a été assuré avec une dizaine de personnes et la montée en puissance devrait atteindre ~30 emplois directs fin 2026, avec un impact indirect estimé à une centaine d’emplois en sous-traitance et logistique. Pour la filière locale, l’implantation représente une reprise d’attractivité industrielle en Bourgogne‑Franche‑Comté et un élément notable pour les plans locaux de relance industrielle.
Avantages logistiques et marché ciblé
La localisation à Beaune a été choisie pour desservir l’Est de la France et réduire les distances par rapport à Cestas. Le marché visé porte sur l’isolation des combles et parois pour le bâtiment résidentiel et tertiaire, mais également sur des segments export vers l’Allemagne, la Belgique et la Suisse. Le produit commercialisé sous forme de ouate se positionne sur des arguments biosourcés et décabonés.
Soutenabilité financière et aides publiques
Sur les 30 M€ d’investissement, la société a bénéficié d’une aide publique de 3,2 M€ via le dispositif France 2030, opérée par l’ADEME pour encourager les projets de décarbonation et d’économie circulaire. Ce type d’appui se confirme comme un levier de réduction du risque financier lié au scaling industriel des solutions de recyclage innovantes.
Impacts environnementaux et arguments commerciaux
Soprema met en avant plusieurs bénéfices environnementaux : matériaux biosourcés, substitution d’isolants plus intensifs en émissions et démarche d’économie circulaire. La production sans chaleur fossile ni lavage industriel réduit les consommations d’énergie primaire et limite les rejets. Ces éléments servent d’arguments commerciaux dans un contexte réglementaire où les exigences sur l’empreinte carbone des produits se renforcent.
Indicateurs de performance attendus
Les indicateurs clés à suivre seront : la consommation énergétique par tonne produite, le taux d’utilisation de la capacité (objectif initial de montée en puissance sur 12 mois), le taux d’utilisation d’approvisionnement national vs importé et le gain CO2e par tonne d’isolant substitué. Ces chiffres permettront de valoriser scientifiquement le discours bas‑carbone face aux prescripteurs et maîtres d’ouvrage.
Risques, limites et enjeux pour les directions industrielles
Pour un Directeur Industrie et Usine, plusieurs points sont à surveiller : sécurisation des flux de matière première secondaire face à la concurrence d’autres filières, maîtrise de la qualité des entrants, fiabilité des lignes mécaniques en fonctionnement continu et optimisation des coûts logistiques. La capacité à industrialiser la montée en cadence tout en gardant un OTD (on-time delivery) compétitif restera déterminante.
Questions d’organisation et compétences
La polyvalence des équipes, la formation aux spécificités du tri et du contrôle matières, et la maintenance prédictive des installations sont des sujets opérationnels prioritaires. L’utilisation de capteurs et d’outils d’analyse permet d’anticiper les arrêts et de maximiser la productivité tout en sécurisant la qualité produit.
Ressources et lectures complémentaires
Pour approfondir le sujet, le lecteur peut consulter le compte-rendu local de l’inauguration : article Info‑Beaune sur l’usine Soprema, ainsi qu’une couverture industrielle approfondie : article Usine Nouvelle détaillé. Le dossier général régional et l’annonce d’implantation figurent aussi sur la page de la presse économique locale : couverture régionale du Journal des Entreprises.
Perspectives pour l’industrie régionale
Au-delà de l’impact immédiat sur l’emploi et l’approvisionnement local, l’ouverture de l’usine Soprema à Beaune illustre une tendance plus large : la transformation des déchets d’emballage en matières premières industrielles compétitives. Pour les directeurs d’usine, c’est un signal fort : l’industrialisation de la circularité passe désormais par des investissements lourds, des partenariats structurants et le soutien public. La performance à l’échelle industrielle dépendra de la capacité des acteurs à aligner logistique, qualité matière et optimisation énergétique pour assurer la durabilité économique et environnementale de ces filières.






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