Prototype du moteur hydrogène EHM exposé au BrittanHY Day à Saint‑Brieuc, stand et visiteurs en arrière‑plan
, ,

À Saint‑Brieuc, EHM présente son moteur hydrogène et ambitionne l’industrialisation en Bretagne

moteur hydrogène EHM : lors du BrittanHY Day de Saint‑Brieuc, la PME bretonne Efficient Hydrogen Motors (EHM) a dévoilé son premier prototype de moteur à combustion fonctionnant à l’hydrogène, confirmant l’émergence d’une filière locale et une stratégie axée sur le rétrofit hydrogène pour la mobilité lourde.

Un prototype H2‑ICE présenté à Saint‑Brieuc

Le moteur présenté affiche une puissance de 265 kW (≈360 ch) et repose sur une architecture dite H2‑ICE avec un cycle spécifique — parfois qualifié de « 5e temps » — destiné à mieux contrôler la combustion et à limiter les émissions de NOx. Selon les éléments communiqués par l’entreprise et la presse régionale, le rendement visé dépasse les 50 % sur certaines plages de fonctionnement, ce qui est un argument majeur face aux alternatives.

Ce dévoilement a eu lieu dans le cadre du BrittanHY Day : pour un résumé des annonces faites sur place, voir le compte‑rendu du BrittanHY Day.

Technologie et proposition de valeur

Le choix d’un moteur à combustion adapté à l’hydrogène vise plusieurs objectifs : simplifier la chaîne d’assemblage, réduire le coût d’investissement par rapport aux bus à pile à combustible et proposer un calendrier de déploiement plus rapide. Le modèle économique d’EHM s’appuie sur des kits de rétrofit hydrogène, destinés à remplacer des moteurs thermiques existants sur des véhicules lourds (autocars, poids lourds, groupes électrogènes).

Sur le plan des coûts, la société avance un ordre de grandeur : un kit de rétrofit chiffré autour de 200 k€ par véhicule, là où un bus à pile à combustible peut coûter entre 600 k€ et 1 M€. Cet écart explique l’intérêt des collectivités et des opérateurs de flotte pour le rétrofit comme voie de décarbonation à coût maîtrisé.

Autonomie et stockage

Pour une application autocar, EHM évoque des capacités embarquées de l’ordre de 30–40 kg d’hydrogène (réservoirs sur toiture) offrant une autonomie proche de 400 km. Pour des usages poids lourd longue distance, les scénarios techniques mentionnent des autonomies de 800 à 1 200 km selon les capacités d’emports et les architectures retenues.

Partenariats, démonstrateurs et calendrier

EHM a déjà noué des partenariats industriels et opérationnels : un projet de rétrofit sur un autocar en collaboration avec Transdev a été évoqué pour 2025, étape nécessaire pour valider l’homologation et l’exploitation réelle en flotte. Pour une lecture sur ces initiatives de terrain, consulter l’article consacré au rétrofit autocar rétrofit autocar et Transdev.

Sur le plan financier, EHM a levé plusieurs millions d’euros depuis sa création et vise une nouvelle levée aux alentours de 10 M€ pour financer la montée en cadence et l’industrialisation. Un soutien public régional a déjà été signalé pour le démonstrateur, avec des participations de l’ordre de 1,5 M€ mentionnées dans la presse régionale.

Industrialisation à Châteaulin

La PME, basée à Châteaulin (Finistère), ambitionne d’implanter l’assemblage de ses moteurs localement. Des discussions portent sur des surfaces de l’ordre de 20 000 m² pour une usine dédiée, avec un objectif de production à terme évoqué dans la presse (ordre de grandeur : 3 000 moteurs par an selon scénarios industriels communiqués par l’entreprise).

La volonté d’une chaîne courte, avec usinage et fourniture locale de composants, est présentée comme un levier d’emploi régional et de résilience industrielle.

Impact économique et création d’emplois

Le développement d’un site de production à Châteaulin et la montée en cadence pourraient générer des retombées significatives : EHM évoque la création d’une centaine d’emplois directs et plusieurs centaines à l’échelle de la filière (estimations de 100–150 emplois directs et jusqu’à 1 500 emplois indirects selon les hypothèses de massification rapportées dans la presse). Pour un article sur ces perspectives d’emplois, voir la couverture par Le Journal des Entreprises.

Au‑delà des emplois directs, l’intérêt stratégique pour la Bretagne réside dans la structuration d’un écosystème (sous‑traitance mécanique, chaudronnerie, logistique hydrogène, opérateurs d’avitaillement) capable d’alimenter d’autres projets H2 régionaux.

Enjeux réglementaires et techniques

La voie choisie par EHM n’est pas sans défis : homologation des véhicules rétrofités, contrôle des émissions primaires (NOx), sécurité des stockages haute‑pression et acceptation par les opérateurs sont des étapes critiques. La certification selon les normes européennes et françaises pour les conversions et les nouveaux moteurs reste une condition préalable à une commercialisation à grande échelle.

Par ailleurs, l’impact environnemental dépendra du mode de production de l’hydrogène : uniquement un hydrogène bas‑carbone (électrolyse ou hydrogène certifié faible émission) permettra d’atteindre les objectifs de réduction des gaz à effet de serre affichés.

Infrastructures d’avitaillement

La montée en puissance des solutions EHM nécessite un maillage d’infrastructures locales : stations d’avitaillement en H2, logistique de distribution et services associés. Plusieurs projets en Bretagne — stations d’avitaillement et boucles territoriales — avancent parallèlement et constituent un facteur clé de réussite pour la commercialisation des véhicules rétrofités.

Positionnement face à la concurrence

Sur le marché, deux familles de solutions coexistent : pile à combustible (FCEV) et moteur H2‑ICE. Le choix d’EHM se veut pragmatique pour des opérations où le coût initial et la simplicité technique sont déterminants (flottes publiques, autocars, engins industriels). Les piles à combustible restent pertinentes pour certains usages longue distance et pour un rendement global élevé dans des architectures conçues pour cela.

Le positionnement d’EHM mise sur un avantage prix et un calendrier de déploiement plus rapide via le rétrofit ; les résultats des démonstrateurs opérationnels avec des opérateurs (autocars, transport interurbain) seront déterminants pour convaincre les décideurs publics et gestionnaires de flotte.

Applications industrielles et diversifications

Au‑delà des autocars et poids lourds, EHM cible d’autres marchés : groupes électrogènes pour sites non raccordés, engins de chantier, applications marines (propulsion et groupes auxiliaires) et générateurs de secours. Cette diversification technique ouvre des volumes additionnels qui justifient l’effort d’industrialisation.

Ce que cela signifie pour la Bretagne

La présentation du moteur hydrogène EHM au BrittanHY Day symbolise un jalon pour la région : il réunit technologie, volonté d’industrialisation et articulation avec des acteurs locaux. Si les hypothèses de financement et d’homologation se concrétisent, la Bretagne pourrait voir se structurer une chaîne de valeur autour du hydrogène en Bretagne, depuis la production et les stations jusqu’à la maintenance et la sous‑traitance mécanique.

Pour suivre la trajectoire et les annonces de l’entreprise, la page officielle d’EHM fournit des éléments techniques et d’actualité : présentation d’EHM et actualités.

Premiers enseignements et vigilance

L’initiative constitue une opportunité industrielle et environnementale, mais plusieurs indicateurs devront évoluer positivement : obtention des certifications, levée de fonds complémentaire (objectif annoncé ≈ 10 M€), maturité des infrastructures H2 et acceptation par les gestionnaires de flotte. Le suivi des démonstrateurs et des premiers retours opérationnels sera décisif pour valider la pertinence économique du modèle.

Un cap symbolique pour la filière régionale

La démonstration d’EHM au BrittanHY Day marque une étape pratique dans le développement de l’écosystème hydrogène breton. Au‑delà du prototype, l’attention se porte désormais sur la capacité à industrialiser, à sécuriser les financements et à organiser la filière locale pour que les promesses — réduction des coûts, création d’emplois, souveraineté technologique — se traduisent en résultats concrets.

À surveiller : les prochaines étapes clés sont l’homologation du premier autocar rétrofité, la clôture d’une levée de fonds majeure et l’annonce d’un site industriel opérationnel à Châteaulin.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Share via
Copy link