Dialogue social technologique : pour les DRH bretons, la transformation numérique et l’intégration de l’IA posent aujourd’hui des questions opérationnelles et juridiques concrètes. L’Anact, qui a publié le bilan de sept projets accompagnés (2022‑2024) le 02/02/2026, montre que le dialogue social technologique reste souvent embryonnaire en entreprise et nécessite des outils pratiques, une montée en compétences des représentants du personnel et des procédures formalisées.
Pourquoi ce sujet devient prioritaire pour les DRH en Bretagne
Les directions des ressources humaines en Bretagne sont confrontées à trois réalités simultanées : une accélération des projets numériques (recrutement assisté par IA, outils d’évaluation, SIRH augmentés), une attente forte des salariés en matière de transparence, et un contexte juridique qui se durcit. L’Anact rappelle que 7 projets pilotes accompagnés entre 2022 et 2024 ont permis d’identifier des leviers concrets pour structurer le dialogue social autour des innovations technologiques.
Chiffres et repères essentiels
Quelques repères chiffrés résument l’enjeu : 7 projets accompagnés par l’Anact (2022‑2024), des outils opérationnels (registre des SIA, clause de revoyure, fiches pratiques) et des décisions de justice récentes qui renforcent la nécessité de consultation des instances. Une ordonnance du Tribunal judiciaire de Nanterre, en date du 29/01/2026, illustre que la non‑consultation du CSE peut conduire à la suspension d’un projet.
Leçons pratiques tirées des projets accompagnés (Anact)
Les retours d’expérience offrent des recommandations directement applicables par les DRH : formaliser les étapes d’information‑consultation, créer un registre des systèmes d’IA déployés, prévoir des clauses de revoyure et investir dans l’acculturation des élus. Ces mesures réduisent l’incertitude sociale et facilitent l’adhésion des équipes.
1) Formaliser l’information et la consultation
Dans la majorité des projets analysés, les difficultés viennent moins de la technologie que du manque de cadrage. Il est recommandé de prévoir des calendriers clairs d’information et de consultation du CSE, d’anticiper les expertises nécessaires (juridique, technique, RGPD) et d’inscrire les projets numériques significatifs dans les instances de suivi.
2) Tenir un registre des systèmes d’IA
Un des outils concrets proposés est le registre des SIA (Systèmes d’Intelligence Artificielle) : inventaire simple des usages, finalités, périmètres et impacts. Ce registre facilite les analyses d’impact, la traçabilité des décisions et la préparation des consultations des représentants du personnel.
3) Clause de revoyure et suivi itératif
Inscrire une clause de revoyure dans les accords ou protocoles de déploiement permet de réévaluer les effets en service réel (effets sur l’emploi, conditions de travail, biais détectés). Les projets montrent qu’une phase de suivi de 6 à 12 mois est souvent nécessaire pour ajuster les réglages et documenter les conséquences.
Conséquences juridiques et normes à anticiper
Le paysage réglementaire évolue rapidement : le règlement européen sur l’IA, la jurisprudence récente (voir l’ordonnance du TJ de Nanterre, 29/01/2026) et des droits sociaux en renforcement poussent les employeurs à documenter leurs choix. Pour les DRH, cela signifie intégrer des exigences de traçabilité, d’explicabilité et de contrôle humain dans les cahiers des charges.
Le rôle du règlement européen sur l’IA
Le règlement européen impose des exigences de gestion des risques et de transparence pour certains systèmes d’IA. Les DRH doivent distinguer les catégories de systèmes (risque inacceptable, risque élevé, faible risque) et appliquer des mesures proportionnées : évaluations d’impact, documentation, mises à jour régulières.
Impacts sur le recrutement et la gestion des compétences
Le volet recrutement est un des terrains d’usage les plus sensibles : outils de sourcing, tri de CV assisté, scoring prédictif. Le dialogue social technologique doit inclure des règles claires sur l’utilisation des outils, les critères automatisés et la possibilité d’un recours humain effectif.
Exemples concrets pour les DRH
- Privilégier la transparence sur les critères d’algorithme utilisés pour présélectionner des candidats.
- Documenter les jeux de données et les biais potentiels, avec un accès des élus à une synthèse technique.
- Prévoir un processus de contestation et un recours humain systématique pour toute décision défavorable automatisée.
Outils pratiques et ressources pour structurer le dialogue social
Des ressources existent pour outiller les DRH et les représentants : fiches pratiques co‑construites, kits opérationnels et formations. Par exemple, le projet DIAL‑IA propose des fiches action et des modèles de registre. L’Anact publie également des synthèses et outils méthodologiques utiles pour préparer les consultations.
Formations et montée en compétences
La formation des élus du personnel et des managers est prioritaire : comprendre les principes de l’IA, savoir poser les bonnes questions (données, critères, performances) et évaluer les risques psychosociaux associés. Un plan de formation ciblé (8 à 16 heures selon le niveau) permet d’obtenir un niveau d’aptitude opérationnelle pour les représentants.
Retours d’expérience en entreprise : bonnes pratiques observées
Parmi les pratiques efficaces, on relève :
- la co-construction des indicateurs d’usage avec les représentants,
- la mise en place de revues trimestrielles autour d’un comité de suivi,
- la publication d’une fiche synthétique pour chaque projet IA (objectifs, périmètre, impacts attendus).
Ces approches réduisent les risques de conflit social et augmentent l’adhésion des opérationnels.
Spécificités régionales : ce que les DRH bretons peuvent retenir
La Bretagne, avec un tissu dense de PME, d’entreprises agroalimentaires, de services numériques et d’institutions publiques, doit privilégier des démarches adaptées au format PME‑ETI : simplicité du registre, modularité des clauses de revoyure et recours à des expertises mutualisées (branches, interbranches, centres de ressources régionaux).
Acteurs locaux et mutualisation
Les DRH bretons gagneront à s’appuyer sur des structures locales pour mutualiser coûts et expertises : pôles de compétitivité, fédérations professionnelles, ou encore des réseaux RH régionaux. Un partage d’expériences entre entreprises du même secteur (ex. agroalimentaire, services numériques) permet d’établir des référentiels pragmatiques et partagés.
Liens et ressources utiles
Pour approfondir et télécharger des outils pratiques, consultez la synthèse de l’Anact sur le sujet et les fiches DIAL‑IA :
- Anact – Résultats et enseignements de sept projets
- DIAL‑IA – Fiches pratiques et leviers d’action
- AEF – Rappel jurisprudentiel sur la consultation du CSE
Comment démarrer en 6 étapes : checklist pour les DRH
- Recenser les projets numériques et les classer par impact (faible / moyen / élevé).
- Créer un registre SIA synthétique accessible aux élus.
- Programmer l’information et la consultation du CSE selon les échéances projet.
- Instaurer une clause de revoyure et un comité de suivi opérationnel.
- Former les élus et les managers (modules courts ciblés sur l’IA).
- Prévoir des audits périodiques et partager les résultats en réunion plénière.
Impacts et prochaines étapes pour la Bretagne
Pour les DRH en Bretagne, le dialogue social technologique n’est pas une option mais une condition pour sécuriser les transformations numériques et préserver la cohésion sociale. Les enseignements de l’Anact montrent qu’avec des outils simples (registre, clause de revoyure, fiches pratiques) et une gouvernance partagée, les entreprises réduisent significativement les risques de conflit et améliorent l’efficacité des déploiements. En pratique, l’action à entreprendre dès maintenant consiste à cartographier les projets, informer les instances, mutualiser l’accès à l’expertise et intégrer des phases de suivi mesurables.
Enfin, la vigilance juridique (règlement IA, jurisprudences récentes) impose aux DRH d’anticiper la conformité et de documenter leurs choix. En Bretagne, une démarche collective, structurée et pragmatique permettra d’allier innovation et responsabilité sociale.






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