Poids lourd électrique DAF XF embarquant au terminal de Coquelles, Tunnel sous la Manche
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Pas-de-Calais : premier poids lourd électrique traverse le Tunnel sous la Manche

poids lourd électrique tunnel sous la Manche : pour la première fois, un camion routier 100 % électrique a réalisé une traversée commerciale via le service LeShuttle Freight, ouvrant une nouvelle étape pour l’électrification du fret entre le Royaume‑Uni et l’Europe continentale. L’opération, annoncée le 23 janvier 2026 par Getlink, illustre une convergence technologique, logistique et réglementaire susceptible d’accélérer les flottes zéro‑émission sur les corridors transfrontaliers.

Le test : déroulé, acteurs et chiffres clés

L’opération a mobilisé plusieurs acteurs : Getlink/LeShuttle Freight (ex‑Eurotunnel) pour la traversée, Kuehne+Nagel pour l’affrètement logistique, Voltempo pour la solution de recharge megawatt‑scale et DAF pour le véhicule. Le camion utilisé est une version électrique du DAF XF (New Generation XF Electric). Selon les communiqués, le trajet d’essai a couvert un aller‑retour totalisant près de 1 700 km, avec une charge utile d’environ 12 tonnes sur le segment testé.

Sur le plan technique, le projet s’appuie sur des points de recharge de forte puissance : hub Voltempo à East Midlands Gateway, bornes Gridserve au Royaume‑Uni et points de recharge en France (Dunkerque/Milence) et Belgique (Maasmechelen). Les motorisations annoncées pour le DAF XF Electric visent des autonomies pouvant atteindre ~500 km selon usage et des puissances de charge DC élevées (jusqu’à plusieurs centaines de kW).

Pourquoi cette traversée compte pour la logistique transmanche

La traversée d’un poids lourd électrique via le Tunnel sous la Manche change la donne à trois niveaux : opérationnel, énergétique et réglementaire. Opérationnellement, elle démontre la faisabilité d’une liaison longue distance intégrée reposant sur des bornes haute puissance et des hubs logistiques. Énergétiquement, elle met en lumière la nécessité de chaînes d’approvisionnement électrique robustes autour des terminaux (Coquelles côté France).

Réglementairement, l’événement s’inscrit dans une dynamique publique : le Royaume‑Uni a récemment annoncé des mesures incitatives visant à réduire le coût d’acquisition des eHGV (aide pouvant aller jusqu’à £120 000 par véhicule dans certaines structures), tandis que des démonstrateurs comme eFREIGHT 2030 et ZEHID soutiennent l’expérimentation d’infrastructures et de véhicules zéro émission.

Impacts et opportunités pour les acteurs régionaux des Hauts‑de‑France

Pour les territoires du Pas‑de‑Calais et plus largement des Hauts‑de‑France, la traversée renforce le rôle stratégique des terminaux de Coquelles et Dunkerque. Ces plateformes sont naturellement positionnées pour accueillir des hubs de recharge et des centres de maintenance dédiés aux eHGV. Selon des responsables locaux, accroître l’offre de recharge autour des terminaux pourrait attirer davantage d’opérateurs cherchant à réduire leur empreinte carbone.

Concrètement, des gains attendus incluent :

  • Réduction d’émissions locales autour des axes portuaires et des terminaux ;
  • Nouvelle activité économique liée aux infrastructures de recharge et à la maintenance spécifique des véhicules électriques lourds ;
  • Renforcement des filières (électrification poids lourd, formation technique, logistique verte).

Risques, obstacles techniques et points d’attention

Plusieurs défis demeurent avant une généralisation : disponibilité des bornes DC ultra‑puissantes en nombre suffisant, standardisation des connecteurs, gestion des pics de demande électrique et coût d’investissement initial des véhicules. Le test met en relief l’importance d’un maillage transfrontalier — du terminal au hub routier — pour éviter des ruptures de charge qui pénaliseraient la continuité d’exploitation des flottes.

Sur le plan financier, malgré les aides annoncées (Royaume‑Uni), le coût total de possession (TCO) pour un opérateur routier dépendra des prix de l’électricité, de la fréquence des recharges et de la durée d’amortissement des batteries. Les constructeurs (ex. DAF) avancent des autonomies et des capacités de charge qui rendent le compromis intéressant pour des missions longues, mais les retours d’expérience à grande échelle restent attendus.

Aspects réglementaires et facilitation

La mise à disposition d’incitations publiques (subventions, déploiement d’infrastructures) est un levier décisif. Le gouvernement britannique a récemment annoncé une mesure significative pour encourager l’achat d’eHGV, tandis que des programmes européens ou franco‑régionaux pourraient compléter cet effort pour les opérateurs circulant entre la France et le Royaume‑Uni.

Quels enseignements logistiques pour les entreprises de fret ?

Pour un transporteur ou un prestataire de logistique, la traversée confirme que la planification énergétique devient aussi importante que la planification des temps et des tournées. Il faudra intégrer :

  • Points de recharge stratégiques et temps de recharge dans les plannings ;
  • Possibilités de mutualisation d’infrastructures sur les zones d’activités proches des terminaux ;
  • Nouvelles compétences pour les équipes atelier (maintenance batteries, électronique de puissance).

Des partenariats public‑privé entre collectivités, opérateurs logistiques et fournisseurs de recharge peuvent réduire le risque financier et accélérer le déploiement. Le test mené par Getlink et ses partenaires illustre précisément ce type d’approche concertée.

Ressources et liens pour approfondir

Pour consulter l’annonce officielle de l’opération, voir le communiqué Getlink : communiqué Getlink du 23 janvier 2026. Les détails techniques sur le véhicule DAF sont présentés par le constructeur : fiche DAF XF Electric. Enfin, pour replacer l’initiative dans le cadre des aides britanniques, consulter l’annonce du département des Transports : mesures de soutien UK.

Perspectives régionales et nationales

La traversée ouvre un signal fort mais reste une étape de démonstration. Pour que le corridor transmanche devienne réellement « zéro émission directe », il faudra : multiplier les points de recharge à haute puissance autour des terminaux, sécuriser des approvisionnements électriques décarbonés (ex. solaire, renouvelables locales) et adapter les services portuaires aux nouvelles contraintes.

Les acteurs régionaux des Hauts‑de‑France peuvent tirer avantage de cet effet d’entraînement afin d’attirer des investissements en infrastructures et en formation. Les opérateurs logistiques, à l’inverse, doivent évaluer l’impact opérationnel sur leurs chaînes et planifier des tests propres aux profils de missions qu’ils exploitent aujourd’hui.

Quelles suites pour le fret transmanche ?

Cette première traversée d’un poids lourd électrique via le Tunnel sous la Manche illustre une trajectoire censée se poursuivre : multiplication des démonstrateurs, montée en puissance des bornes megawatt‑scale et élargissement des aides publiques. Pour les acteurs locaux et les transporteurs, l’enjeu immédiat est de transformer ces expérimentations en modèles économiques viables, via des coopération publiques‑privées et des schémas de mutualisation de la recharge.

Au-delà du symbole, la question centrale reste la reproductibilité : pourra‑t‑on garantir des temps de trajet compétitifs, une disponibilité électrique suffisante et un coût total de possession attractif pour inciter à l’ampleur du basculement vers les eHGV ? Les prochains mois, entre annonces d’investissement et expérimentations opérationnelles, seront décisifs pour répondre à cette question.

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