Roissy-Charles-de-Gaulle reste une locomotive économique pour l’Île‑de‑France : près de 94 600 salariés sur la plateforme et environ 9,8 milliards d’euros de richesse locale générée (chiffres 2023). Cette première observation chiffre l’importance du site, mais l’étude récente de l’Insee montre aussi que ces retombées pourraient être mieux captées par les territoires voisins, via des politiques d’ancrage territorial, de formation et de transition bas‑carbone.
Chiffres clés et lecture rapide des données
Selon l’analyse publiée par l’Insee (décembre 2025), la plateforme Paris‑Charles‑de‑Gaulle héberge environ 1 360 établissements et concentre près de 94 600 salariés en 2023 (≈85 500 ETP) pour une création de valeur estimée à 9,8 milliards €. Dans un rayon de 10 km, cette dynamique s’étend à 13 600 établissements et près de 252 000 emplois au total.
Répartition sectorielle et caractéristiques de l’emploi
La structure de l’emploi montre une forte concentration dans le transport aérien et la logistique : environ 40 % des actifs sur la plateforme travaillent dans l’exploitation aérienne, et 25 % dans l’entreposage et services auxiliaires. Le taux de CDI est élevé (≈87 %), contrairement aux idées reçues sur la précarité. Toutefois, la part des cadres est plus faible que la moyenne régionale et les rémunérations présentent une large dispersion (personnel navigant et cadres tirant la moyenne vers le haut).
Quels leviers pour mieux capter les retombées ?
Pour transformer la puissance économique de Roissy-Charles-de-Gaulle en bénéfices territoriaux plus équilibrés, trois axes reviennent systématiquement : formation et insertion, montée en gamme des emplois et gouvernance locale permettant une répartition plus ciblée des activités et des bénéfices.
1. Formation et adaptation des compétences
Le renouvellement des effectifs est un enjeu : un tiers des salariés a entre 45 et 54 ans, et environ 25 % a plus de 55 ans. Renforcer les filières de formation métiers‑aéroportuaires (logistique, sûreté, maintenance, IT, énergies) est indispensable pour répondre à la fois aux besoins des groupes implantés et aux perspectives de montée en compétence. Des dispositifs locaux de type « parcours métiers » et des partenariats entreprises‑branches financières peuvent accroître l’embauche locale.
2. Accroître l’ancrage territorial des activités
La moitié des salariés résident dans les départements d’emprise (Seine‑Saint‑Denis, Val‑d’Oise, Seine‑et‑Marne), mais 51 % des établissements appartiennent à des groupes multinationaux qui concentrent 79 % des salariés. Augmenter la part des achats locaux, soutenir les PME régionales et privilégier des clauses d’insertion dans les contrats de maintenance et construction sont des leviers concrets pour mieux capter la valeur sur place.
3. Infrastructures et accessibilité multimodale
L’accès modal et la connectivité ferroviaire restent des priorités pour diminuer les coûts et les nuisances. Le développement des offres de transports collectifs vers les zones d’emploi aéroportuaires favorise l’emploi local et limite l’empreinte carbone des déplacements. Les projets d’amélioration des liaisons restent à accélérer dans les calendriers régionaux et nationaux.
Initiatives publiques et privées récentes
Depuis la concertation CDG&VOUS (avril‑juillet 2025), Groupe ADP et les partenaires territoriaux ont formalisé une vision d’aménagement 2035/2050 axée sur la sobriété foncière, la mobilité durable et la réduction carbone. Le bilan de la concertation détaille des engagements sur la formation, l’innovation et la gouvernance locale. Pour consulter le bilan de la concertation, voir le communiqué officiel : bilan de la concertation CDG&VOUS.
L’Insee fournit une synthèse chiffrée indispensable pour calibrer les politiques locales : sa note précise les périmètres, les profils d’emplois et les fragilités à traiter. L’étude complète est consultable ici : étude de l’Insee sur Paris‑Charles‑de‑Gaulle.
Enfin, le GIP Paris‑CDG Alliance centralise des actions de coopération entre acteurs publics et privés pour l’emploi et le développement économique : présentation des actions locales.
Risques et obstacles à anticiper
Plusieurs facteurs peuvent limiter l’effet positif du site sur son territoire : la concentration des décisions au sein de grands groupes, la faible taille de nombreuses entreprises locales qui limitent leur capacité à candidater sur les appels d’offres majeurs, ainsi que les enjeux environnementaux et sanitaires liés aux nuisances (bruit, qualité de l’air) qui alimentent l’opposition des collectifs riverains. La transition bas‑carbone impose par ailleurs des investissements lourds sur la flotte, les énergies et les bâtiments.
Dimension sociale
Les conditions d’emploi, la pénibilité pour certains métiers et la nécessaire diversification des opportunités d’emploi (vers des activités à plus forte valeur ajoutée) appellent des réponses concertées. Les partenaires sociaux et les collectivités doivent être associés à l’élaboration des priorités de formation et de reconversion.
Recommandations opérationnelles pour capter davantage la valeur
- Clauses d’insertion et d’achat local dans les marchés publics et privés pour développer les PME locales.
- Renforcement des formations sectorielles en liaison avec les branches professionnelles et les CFA régionaux.
- Programmes de montée en compétences ciblant la transition numérique et bas‑carbone (maintenance électrique, gestion énergétique, logistique 4.0).
- Gouvernance territoriale renforcée : comités locaux emploi‑formation impliquant Etat, Région, départements, collectivités et acteurs économiques.
- Suivi d’impacts annuel, appuyé sur des indicateurs (emplois créés, part d’achats locaux, émissions évitées) pour piloter les politiques publiques.
Perspectives pour l’Île‑de‑France et le territoire aéroportuaire
La trajectoire de Roissy-Charles-de-Gaulle dépendra de la capacité des acteurs à transformer des retombées économiques importantes en bénéfices territoriaux durables. L’enjeu est double : conserver la compétitivité internationale de la plateforme tout en maximisant l’impact positif sur l’emploi, la formation et la transition écologique locale. Les décisions prises dans les 5 à 10 prochaines années (investissements ferroviaires, modalités d’aménagement, dispositifs d’insertion) feront la différence.
Pour les dirigeants industriels et élus locaux, la feuille de route est claire : privilégier des partenariats stratégiques, cofinancer la montée en compétences et imposer des critères sociaux‑environnementaux dans les grands marchés liés à l’aéroport. Ces mesures permettront de traduire les retombées économiques actuelles en une dynamique territoriale plus juste et pérenne.
Suivi et ressources : l’actualité institutionnelle et les documents techniques restent indispensables pour affiner les politiques. L’étude Insee et les synthèses de la concertation CDG&VOUS constituent des références de travail pour les collectivités et les entreprises souhaitant agir concrètement.






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