Réunion RH en Île-de-France autour d'une table, laptop affichant des fourchettes salariales
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Transparence salariale : comment deux entreprises d’Île-de-France ont anticipé le changement

Transparence salariale : pour les DRH franciliens, la question n’est plus théorique. La directive européenne 2023/970 impose un horizon légal (transposition avant le 7 juin 2026) et pousse les entreprises à rendre plus lisibles leurs règles de rémunération. Face à ce calendrier, plusieurs acteurs ont lancé des démarches pilotes pour éviter risques juridiques et désaccords internes.

Contexte réglementaire et temporalité : ce que doivent savoir les DRH

La directive (UE) 2023/970 instaure des obligations nouvelles en matière de communication sur les rémunérations, notamment l’augmentation des devoirs d’information, la possible inversion de la charge de la preuve en cas de discrimination et l’exigence d’outils d’analyse des écarts. La transposition en droit national, attendue avant le 7 juin 2026, précisera les seuils et les modalités opérationnelles.

Pour aller plus loin sur l’enjeu et les étapes, voir le guide pratique de l’APEC sur la transparence salariale.

Cas pratiques : comment deux entreprises d’Île-de-France se sont organisées

Deux entreprises franciliennes récemment présentées dans la presse ont choisi d’anticiper la réforme en lançant des chantiers structurants : diagnostic, cartographie des métiers, définition de grilles et communication interne. Le reportage du Le Parisien sur ces deux entreprises montre des démarches itératives, menées sur plusieurs mois, avec un accompagnement juridique et RH.

Leur démarche-type comprend :

  • un audit salarial et une collecte des données (salaires fixes, variables, ancienneté, temps de travail) ;
  • une cartographie des postes et des compétences pour aligner les référentiels métiers ;
  • la création de grilles de rémunération transparentes (niveaux, fourchettes) ;
  • une stratégie de communication interne et de formation des managers.

Pourquoi ces étapes prennent du temps et comment réduire le délai

L’identification fiable des postes et la consolidation des données exigent souvent plusieurs mois, en particulier dans les organisations de plus de 250 salariés ou multi-sites. Les principales difficultés : l’hétérogénéité des intitulés de postes, la dispersion des fichiers paie, et la nécessité de respecter le RGPD lors des analyses.

Pour accélérer le chantier, les DRH peuvent : automatiser l’extraction des données, standardiser les fiches métiers, externaliser une partie de l’audit à des cabinets spécialisés, et prioriser les populations les plus exposées (cadres, fonctions supports, métiers stratégiques).

Indicateurs prioritaires à suivre

Pour une analyse robuste, suivez ces indicateurs : écart moyen de salaire (en %), écart médian, part variable moyenne, taux de promotion sur 3 ans, et distribution par tranche d’ancienneté. Ces métriques alimentent des plans d’action chiffrés et défendables juridiquement.

Aspects juridiques : obligations et risques pour l’employeur

La transposition de la directive introduira des mécanismes de contrôle et des voies de recours plus favorables aux salariés. Les DRH doivent travailler en étroite collaboration avec la direction juridique pour définir les politiques de publication (quelles données, quel niveau d’agrégation) et préparer des argumentaires sur les écarts fondés sur des critères objectifs.

Une analyse juridique récente détaille les implications pratiques de la directive et les solutions pour les employeurs : analyse juridique de la directive 2023/970.

Impacts RH et économiques en Île-de-France

À court terme, la transparence salariale peut générer des tensions si elle n’est pas accompagnée. À moyen terme, elle peut améliorer l’attractivité : 60 à 70% des candidats consultent aujourd’hui les fourchettes salariales avant de postuler. Les entreprises franciliennes, sur un marché du travail compétitif, peuvent tirer avantage d’une politique claire pour réduire le turnover et accélérer le recrutement.

Pour les PME, l’effort est proportionnel : une récente enquête sectorielle montre que la majorité des structures de moins de 50 salariés prévoient un chantier d’adaptation sur 6 à 12 mois, tandis que les grands groupes envisagent un déploiement par vagues sur 12 à 24 mois.

Plan d’action opérationnel pour les 12 prochains mois (checklist)

Voici une feuille de route pragmatique, pensée pour un DRH en Île-de-France qui veut avancer rapidement :

  1. Mois 1-2 : lancer un diagnostic des données paie et cartographier les métiers ;
  2. Mois 3-4 : réaliser une première analyse des écarts (médiane, moyenne, variables) et prioriser les populations critiques ;
  3. Mois 5-6 : construire des grilles de rémunération et définir les fourchettes salariales par niveau ;
  4. Mois 7-8 : valider le dispositif avec les juristes et la direction, préparer la communication interne ;
  5. Mois 9-10 : former les managers, diffuser guides et FAQ, lancer actions correctrices ;
  6. Mois 11-12 : mesurer les premiers effets, ajuster la politique et préparer la publication des éléments requis lors de la transposition.

Ressources et gouvernance recommandées

Constituez une gouvernance projet (DRH, paie, juridique, DPO, représentants du personnel). Allouez des ressources externes si nécessaire (audit salarial, outils d’analyse statistique). Définissez un calendrier et des jalons mensuels pour suivre l’avancement.

Bonnes pratiques de communication et pédagogie

La clé pour limiter les risques sociaux : la pédagogie. Expliquez aux collaborateurs les critères qui déterminent les niveaux de rémunération (compétences, ancienneté, performance, zone géographique). Publiez des fourchettes salariales claires dans les offres d’emploi et créez des supports accessibles : fiches métiers, FAQ, sessions Q&A.

Les managers doivent être formés pour répondre aux questions et pour justifier les décisions de rémunération de façon factuelle et mesurable.

Outils numériques et méthodes d’audit

Pour fiabiliser l’analyse, privilégiez des outils qui permettent : l’agrégation sécurisée des données, l’anonymisation, et des tests statistiques (régression, tests de signification). Des solutions SaaS spécialisées en pay equity et des cabinets RH proposent des tableaux de bord prêts à l’emploi.

Ce que les DRH franciliens doivent retenir

La transparence salariale n’est pas uniquement une contrainte légale : elle constitue une opportunité stratégique pour construire une marque employeur plus attractive et défendre les politiques internes. En Île-de-France, où la concurrence sur les compétences est forte, les entreprises qui anticipent réduiront les risques juridiques et amélioreront leur performance en recrutement.

Premiers pas recommandés

Commencez par un audit simplifié, cartographiez vos métiers, et engagez la communication interne. Si besoin, appuyez-vous sur des ressources externes comme le guide APEC ou sollicitez un avis juridique spécialisé pour adapter vos démarches au futur cadre national.

Pour les DRH : priorisez la qualité des données, la transparence des critères et la formation des managers. Ces trois leviers permettent d’instaurer une politique crédible, défendable et utile pour l’attraction et la rétention des talents en région Île-de-France.

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