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« L’industrie a encore une image dégradée » : à Bordeaux, comment la filière se mobilise

image de l’industrie : à Bordeaux, dirigeants, institutions et organismes de formation constatent que la perception des métiers industriels reste un frein majeur au recrutement. Malgré un tissu industriel important en Nouvelle‑Aquitaine, la filière peine à convaincre les jeunes et le grand public. Cet article analyse les causes de cette « image dégradée », les chiffres récents et les réponses locales — salons, dispositifs de formation, aides publiques et actions de communication — qui visent à redorer le blason industriel.

Un constat partagé : l’industrie reste mal perçue

À Bordeaux, l’expression « image de l’industrie dégradée » revient systématiquement lors des rencontres entre chefs d’entreprise, représentants institutionnels et acteurs de l’emploi. Les enquêtes locales pointent plusieurs facteurs : stéréotypes sur les conditions de travail, méconnaissance des métiers techniques, et digitalisation insuffisamment visible des lignes de production. Pour illustrer, la région Nouvelle‑Aquitaine compte environ 280 000 emplois industriels, soit près de 12,3 % de l’emploi salarié régional, mais l’attraction de nouveaux talents reste limitée.

Chiffres et signaux récents

Sur le plan conjoncturel, l’activité industrielle en Nouvelle‑Aquitaine a montré des signes de repli au début de 2025, avec une baisse ponctuelle de la production pour certains sous‑secteurs et une stabilité ou un recul d’emplois salariés dans l’industrie au premier trimestre. Ces mouvements fragilisent la confiance des candidats potentiels et renforcent l’idée d’une filière en difficulté.

Parallèlement, des événements locaux ont mis en lumière la volonté d’inverser la tendance : le Salon SINE organisé par la CCI Bordeaux Gironde a réuni plus de 50 exposants et annoncé plus de 400 opportunités d’emploi et d’alternance, en misant sur des formats immersifs (simulateurs, réalité virtuelle) pour mieux faire connaître les métiers industriels. Pour en savoir plus, consultez la présentation du salon sur le site de la CCI Bordeaux Gironde : CCI Bordeaux Gironde – Salon SINE.

Pourquoi l’image se dégrade : causes structurelles et conjoncturelles

Trois grandes familles d’explications ressortent des entretiens et rapports récents :

  • Perception sociale et éducative : peu de visibilité des métiers modernes (robotique, automatisation, qualité, numérique) dans les parcours scolaires. Les campagnes d’orientation peinent à montrer la diversité des profils et des carrières.
  • Contexte économique : incertitudes sur les marchés, pressions concurrentielles et coûts d’exploitation accentuent les discours pessimistes et l’idée d’une industrie en recul.
  • Communication insuffisante : les entreprises industrielles locales restent parfois timides face à la communication grand public; elles mettent davantage en avant des messages techniques que des récits métiers attractifs.

Impact sur le recrutement

Le faible attractivité se traduit par des difficultés de recrutement dans plusieurs métiers : techniciens de maintenance, opérateurs qualifiés, soudeurs et profils en automatisme restent recherchés. Les entreprises indiquent des délais de recrutement plus longs (jusqu’à plusieurs mois) et des turn‑over plus élevés sur certaines fonctions.

Actions locales : salons, formation et dispositifs immersifs

Face à ce constat, la réponse locale combine événements de recrutement, dispositifs de formation en alternance et communication innovante. Le recours aux formats immersifs (simulateurs, réalité virtuelle, démonstrations métiers) vise à rapprocher le public de l’expérience concrète du travail industriel.

Les filières stratégiques, en particulier l’aéronautique, organisent elles aussi des opérations ciblées. Des salons de l’emploi aéronautique en Gironde ont réuni des donneurs d’ordre et sous‑traitants majeurs, proposant des centaines d’offres d’alternance et d’embauche. Le groupement des industries aéronautiques et spatiales a couvert ces initiatives : GIFAS – salons et recrutements aéronautiques.

Formation et alternance : leviers-clés

La montée en puissance de l’alternance est une stratégie centrale. Les établissements techniques et CFA développent des partenariats avec les entreprises pour co‑construire des cursus répondant aux besoins de compétences locales. Ces parcours permettent d’offrir une visibilité directe sur les carrières et d’améliorer la conversion d’enseignements en embauches.

Politiques publiques et soutien à la modernisation

La Région et l’État soutiennent des projets de modernisation (Usine du Futur, décarbonation, numérisation) via les dispositifs France 2030 et d’autres aides à l’investissement. Ces financements cherchent non seulement à accroître la compétitivité, mais aussi à transformer l’image du secteur en montrant son rôle dans la transition écologique et numérique. Pour consulter des données régionales et actions publiques : DREETS Nouvelle‑Aquitaine – Données économiques.

Des rapports parlementaires et institutionnels soulignent la nécessité de combiner investissement matériel et communication pour rétablir la confiance. Le Sénat a documenté ces enjeux et proposé des pistes d’action pour améliorer l’attractivité des métiers industriels : Rapport du Sénat – image et réindustrialisation.

Initiatives privées et bonnes pratiques observées

Plusieurs entreprises bordelaises expérimentent des pratiques concrètes pour changer la narration :

  • Visites immersives en open‑lab pour lycéens et centres d’orientation.
  • Parcours d’intégration hybrides combinant formation technique et mentoring en entreprise.
  • Campagnes de valorisation sur les réseaux professionnels et locaux présentant des portraits de salariés et des trajectoires de carrière.

Ces actions contribuent à mieux montrer l’impact sociétal — décarbonation, économie circulaire, innovation — et non seulement l’outillage traditionnellement associé à l’industrie.

Exemples mesurables

Quelques indicateurs montrent déjà des effets positifs : le Salon SINE a permis à plusieurs dizaines de candidats d’obtenir des entretiens en direct et des intégrations en alternance, et certaines entreprises observatrices rapportent une hausse de candidatures qualifiées après des opérations de communication ciblée (+15 à 25 % selon le retour des recruteurs locaux).

Les freins persistants et les leviers à actionner

Malgré les initiatives, des freins demeurent : complexité des procédures de financement pour PME, délais d’adaptation des formations, et inertie culturelle. Les leviers à privilégier sont :

  1. Coordination régionale entre entreprises, établissements de formation et pouvoirs publics pour aligner offres et besoins.
  2. Communication structurée montrant les parcours, les salaires et les évolutions possibles dans l’industrie.
  3. Soutien financier ciblé pour permettre aux PME d’investir dans des outils de formation immersive et des projets industriels durables.

Impact économique local et perspectives

Redorer l’image de l’industrie a un impact direct sur la capacité des entreprises à recruter et à innover. À l’échelle de la Gironde et de la Nouvelle‑Aquitaine, une meilleure attractivité peut réduire les coûts de recrutement (estimés à plusieurs milliers d’euros par poste) et accélérer la montée en compétences indispensable pour la transition technologique. Par ailleurs, le maintien et la création d’emplois industriels contribuent à la résilience des bassins d’emploi locaux, dont la santé économique se répercute sur les filières de services et les PME.

Points d’attention pour les décideurs industriels

Pour un dirigeant industriel, trois points pratiques ressortent :

  • Investir dans des formats d’accueil attractifs pour les jeunes (stages immersifs, journées portes ouvertes thématiques).
  • Renforcer les partenariats avec les CFA et lycées techniques pour adapter les programmes aux besoins réels.
  • Communiquer sur les projets concrets de transition (décarbonation, automatisation, économie circulaire) pour repositionner l’industrie comme moteur d’innovation.

Vers de nouvelles pratiques d’attractivité

La perception de l’industrie à Bordeaux n’est pas figée. Les actions récentes — salons, formation en alternance, aides publiques et communication renouvelée — montrent une dynamique volontariste. Si la route reste longue, les symptômes d’amélioration sont tangibles : augmentation des candidatures qualifiées après opérations ciblées, montée en puissance des parcours en alternance, et multiplication des projets soutenus par France 2030 et les collectivités.

Pour les acteurs locaux, la combinaison d’efforts sur la formation, la modernisation des outils et la narration des métiers est la voie la plus prometteuse pour transformer une « image dégradée » en un récit positif, créateur d’emplois et d’innovation.

À retenir : la filière industrielle bordelaise dispose de leviers concrets pour améliorer son attractivité — coordination régionale, dispositifs immersifs et communication ciblée — et les premiers résultats sont déjà perceptibles ; il reste désormais à pérenniser ces actions pour convaincre de nouvelles cohortes de talents.

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