Fibre Excellence Saint‑Gaudens se retrouve aujourd’hui au cœur d’une crise industrielle nationale : l’usine subit une pression financière liée aux contrats de rachat d’électricité biomasse et à la hausse du coût du bois, au point que la direction a annoncé une menace d’arrêt courant mars 2026. Pour le directeur d’usine et les décideurs locaux, la question est claire : quelles mesures publiques ou privées peuvent encore sauver ce site et ses 270 emplois ?
Un diagnostic économique précis
Le dossier combine plusieurs facteurs structurels : des contrats de cogénération conclus à des tarifs historiques (ex. ~120 €/MWh pour certaines tranches signées en 2019) désormais jugés insuffisants, une hausse du prix des matières premières forestières et une baisse ponctuelle de la demande de pâte à papier en Europe. La direction du groupe évoque une perte opérationnelle importante en 2025 imputable à la revente d’électricité à perte et à la hausse des approvisionnements bois.
Chiffres clés
- Effectif du site de Saint‑Gaudens : environ 270 salariés en production et maintenance.
- Emplois directs au niveau du groupe : ~600–700 ; estimation des emplois locaux indirects potentiellement affectés : entre 5 000 et 10 000 selon l’étude d’impact évoquée par les élus.
- Contrats d’électricité historiques : tarifs ~105–120 €/MWh selon le site et la date de signature.
- Pertes opérationnelles déclarées à la direction : ordres de grandeur rapportés publiquement autour de 30 M€ en 2025 pour le groupe.
Ce qui a conduit à la crise : contrats, bois, demande
La centrale de cogénération liée à l’usine vend de l’électricité sous des contrats indexés signés il y a plusieurs années. Depuis, le coût d’exploitation a augmenté, en particulier le prix du bois destiné à la chaudière biomasse, qui a connu une hausse significative (estimations publiques évoquant une augmentation parfois supérieure à +40 % sur la période récente). Parallèlement, les prix de marché de la pâte à papier ont été volatils, compressant les marges industrielles.
Comparaisons et précédents
Les élus et la direction citent le précédent de la centrale de Gardanne, où des adaptations réglementaires et des renégociations tarifaires ont abouti à une revalorisation du prix de rachat. Ce précédent est présenté comme un cas d’école illustrant la possibilité d’une intervention ciblée de l’État ou d’EDF pour rééquilibrer un contrat jugé obsolète face à l’évolution des coûts.
Mobilisation locale et demandes adressées à l’État
Depuis l’annonce, une mobilisation coordonnée a émergé : salariés en intersyndicale, élus locaux (maires, président du département, députés) et acteurs économiques territoriaux ont adressé des courriers formels à Matignon et au ministère en charge de l’énergie. Une question écrite a également été déposée à l’Assemblée nationale pour obtenir des réponses rapides de l’exécutif.
Les revendications portent sur trois axes :
- l’ouverture de négociations pour réviser le mécanisme de complément de rémunération ou les conditions de rachat ;
- la mise en place d’un soutien transitoire permettant d’éviter une fermeture brutale et de maintenir la filière forêt‑bois régionale ;
- l’accompagnement pour améliorer l’efficience énergétique et la compétitivité du site (investissements, modernisation).
Actions sur le terrain
Des journées d’action, des réunions publiques et des demandes de rendez‑vous avec les ministères ont été organisées. Les syndicats ont appelé à des mobilisations symboliques pour alerter l’opinion et faire pression sur les décideurs.
Scénarios plausibles pour éviter la disparition
Plusieurs leviers existent, combinables selon les priorités politiques et la capacité d’intervention des acteurs :
1) Renégociation tarifaire ciblée
Un accord entre l’industriel, EDF et l’État pour revaloriser le prix de rachat ou mettre en place une prime temporaire indexée sur les coûts réels du combustible permettrait d’améliorer la marge d’exploitation. Ce scénario dépend d’une décision publique rapide et d’un cadre légal robuste pour éviter des précédents non maîtrisés.
2) Aides publiques transitoires
Des mesures d’aide (subventions ciblées, avances remboursables, exonérations temporaires) pourraient limiter le besoin de fermeture immédiate le temps de renégocier les contrats ou d’engager une transformation industrielle.
3) Plan industriel de transformation
Investir dans l’amélioration de l’efficience énergétique, la diversification des produits (pâte technique, fibres recyclées) ou la valorisation accrue des co‑produits attribuerait une trajectoire de moyen terme. Un tel plan nécessiterait un montage financier (fonds publics, banques, investisseurs industriels) et un calendrier de 18–36 mois.
4) Regroupement ou cession
Une cession partielle, fusion industrielle, ou partenariat stratégique avec un acteur européen pourrait préserver l’emploi mais impliquerait des négociations complexes et des garanties sur l’emploi et l’approvisionnement local.
Impacts territoriaux et risques multiplier
La fermeture d’un site comme Fibre Excellence Saint‑Gaudens ne réduirait pas son impact au seul périmètre de l’usine. Les conséquences en chaîne toucheraient :
- la filière forêt‑bois (collecte, stockage, transformation) ;
- les transporteurs et sous‑traitants locaux ;
- les dépenses fiscales et sociales liées au chômage et à la perte d’activité territoriale (perte de fiscalité locale).
Estimation économique
Les acteurs locaux estiment entre 5 000 et 10 000 emplois potentiellement affectés indirectement si la chaîne d’approvisionnement se détache du territoire. Le chiffre exact dépendra de la capacité de redéploiement industriel et des politiques publiques mises en place.
Quelles décisions attendre et calendrier
La direction du groupe a fixé un calendrier d’urgence pour mars 2026 si aucune solution n’est trouvée. À court terme, les échanges entre l’État, EDF et l’industriel vont être déterminants. Parallèlement, les élus cherchent à obtenir un engagement formel du Gouvernement pour ouvrir des négociations visant une adaptation contractuelle.
Pour suivre l’évolution officielle du dossier et les interventions parlementaires, plusieurs documents publics sont déjà consultables :
- reportage local sur la mobilisation et les suppressions annoncées (presse régionale)
- analyse syndicale et technique sur les causes économiques
- question écrite à l’Assemblée nationale (dossier parlementaire)
Pistes opérationnelles pour le directeur d’usine (DI)
Pour un directeur d’usine confronté à ce type de menace, les actions prioritaires et opérationnelles sont :
- documenter précisément les coûts additionnels (approvisionnement bois, exploitation centrale) et produire un dossier financier consolidé ;
- proposer des scénarios chiffrés de soutien transitoire (montant, durée, contreparties) à soumettre aux autorités ;
- identifier des partenaires industriels potentiels et préparer un plan d’investissement pour améliorer l’efficience énergétique ;
- organiser une communication transparente avec les salariés, les sous‑traitants et les donneurs d’ordre locaux pour limiter l’incertitude.
Regarder au‑delà de l’urgence
La sauvegarde d’un site industriel passe par une combinaison d’actions rapides et de stratégies de moyen terme. Si une intervention étatique ou contractuelle peut apporter un répit, la pérennité dépendra d’investissements productifs et d’une adaptation du modèle économique au marché européen. Les acteurs locaux insistent sur la nécessité d’un calendrier clair et de mesures mesurables pour éviter un effondrement de la chaîne industrielle.
Conclusion et perspectives
Le cas de Fibre Excellence Saint‑Gaudens illustre la fragilité des sites industriels intégrant une production d’énergie sous contrats de longue durée dans un contexte de volatilité des coûts. Une solution pragmatique nécessitera des décisions publiques rapides, un dialogue contractuel avec les fournisseurs d’énergie et un plan industriel soutenu pour restaurer la compétitivité. Le choix politique sera autant économique que territorial : préserver des emplois et une filière ou laisser le marché opérer une consolidation qui aurait des conséquences locales majeures.
Article à jour des dernières déclarations publiques et actions locales (janvier‑février 2026). Pour une consultation des sources citées : voir les liens intégrés dans le texte.






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