Projet industriel Fos‑Berre : l’État a récemment demandé des garanties supplémentaires, notamment un renforcement massif du réseau électrique, pour permettre la décarbonation de la grande zone industrialo‑portuaire. Cette requête s’inscrit dans la suite du débat public mené au printemps‑été 2025 et des décisions publiées par les maîtres d’ouvrage le 13 décembre 2025. L’enjeu est double : sécuriser l’alimentation en énergie pour une cinquantaine de projets industriels et répondre aux préoccupations environnementales et sociales du territoire.
Rappel du contexte et décisions administratives récentes
Le site de Fossur‑Mer et l’étang de Berre constituent l’une des premières zones industrielles de France, avec une forte concentration d’entreprises de la chimie, de la métallurgie et de l’énergie. Après un débat public global organisé par la Commission nationale du débat public (CNDP), l’État a publié sa position le 19 décembre 2025 en demandant à RTE de poursuivre et d’accélérer les études et travaux nécessaires au renforcement du réseau très haute tension.
Points clés de la réponse de l’État
- Priorité donnée à l’électrification de la zone pour accompagner la décarbonation des procédés industriels.
- Demande d’études complémentaires sur les impacts environnementaux et sanitaires.
- Invitation à explorer des alternatives techniques à la liaison aérienne 400 kV quand cela est pertinent.
- Exigence de dispositifs d’accompagnement économique et social pour les filières et les salariés.
Pourquoi un renforcement électrique est jugé indispensable
Les porteurs de projets industriels présents sur la zone industrielle de Fos‑Berre estiment qu’une capacité électrique supplémentaire est indispensable pour installer des unités de production bas‑carbone (hydrogène, électrolyse, électrification des fourneaux, etc.). Les industriels mobilisés évoquent environ 15 milliards d’euros d’investissements privés et la création potentielle de ~60 000 emplois sur plusieurs années, chiffres qu’ils lient directement à la disponibilité d’une puissance électrique stable et suffisante.
Ligne 400 kV : le point de rupture
Le projet le plus controversé reste la proposition d’une ligne 400 kV entre Fos‑sur‑Mer et Jonquières‑Saint‑Vincent. RTE a publié des documents d’analyse comparant la solution aérienne aux alternatives souterraines et hybrides. Les défenseurs de la ligne aérienne mettent en avant sa rapidité de déploiement et son coût inférieur, tandis que les opposants soulignent les impacts paysagers et les incertitudes sanitaires perçues par les riverains.
Positions des acteurs économiques et de la société civile
Des collectifs comme Provence Fabrique des Possibles et une centaine de dirigeants territoriaux ont publiquement soutenu l’idée que sans renforcement THT, de nombreux projets de décarbonation ne pourraient pas aboutir. Ces acteurs insistent sur la nécessité d’une vision industrielle cohérente pour garantir la compétitivité et la souveraineté énergétique nationale.
Réserves et demandes des collectivités locales
Les collectivités locales et associations environnementales demandent des garanties fortes : réduction des nuisances, plan de dépollution, suivi sanitaire et compensation socio‑économique. Elles réclament également des études approfondies sur les alternatives à la ligne 400 kV afin d’évaluer des configurations moins intrusives.
Aspects techniques : aérien, souterrain, ou hybride ?
RTE a remis des éléments comparatifs techniques détaillant coûts, délais et impacts environnementaux des différentes options. Selon ces analyses, la mise en souterrain d’une liaison équivalente multiplie les coûts et rallonge les délais de plusieurs années, mais réduit l’empreinte visuelle et certains risques perçus pour la santé.
Chiffres et scénarios
- Coût estimé d’une liaison aérienne 400 kV : ordre de grandeur inférieur aux solutions enterrées (écart variable selon parcours et contraintes locales).
- Délai moyen de déploiement : liaison aérienne 3–5 ans; solution souterraine 6–10 ans selon complexité.
- Consommation attendue pour 50 projets bas‑carbone : plusieurs centaines de MW supplémentaires à horizon 2030.
Impacts économiques et opportunités pour la région
La mise en œuvre des projets industriels annoncés représente une opportunité de réindustrialisation régionale significative. Les promoteurs avancent des chiffres concrets : ~15 milliards d’euros d’investissements privés et la possible création de dizaines de milliers d’emplois directs et indirects. Pour les dirigeants industriels, la question énergétique est au cœur de la capacité à attirer ces investissements.
Effet levier sur les filières
Un renforcement du réseau électrique favoriserait l’installation d’unités d’électrolyse d’hydrogène, de sites de stockage d’énergie, et d’usines de chimie bas‑carbone. Ces implantations pourraient dynamiser les sous‑traitants locaux et les centres de formation technique, stimulant l’emploi qualifié dans les 5 à 10 prochaines années.
Risques, opposition et acceptabilité sociale
Les oppositions locales reposent principalement sur des questions d’acceptabilité : paysage, biodiversité, santé et usage des sols. Les représentants de l’État et RTE insistent sur la nécessité d’« expliquer, compenser et réduire » les impacts. Dans ce cadre, des mesures d’accompagnement et des actions de concertation continueront d’être conduites.
Mécanismes proposés pour apaiser les tensions
- Renforcement des études d’impact environnemental et sanitaire.
- Comités locaux de suivi réunissant riverains, collectivités et industriels.
- Plans de compensation écologique et réaménagement paysager sur les tracés.
- Programmes de formation professionnelle pour les emplois créés.
Cadre réglementaire et temporalité
Le dossier s’inscrit dans le cadre national de la transition énergétique et des politiques de relance industrielle. La réponse de l’État et les décisions des maîtres d’ouvrage du 13 décembre 2025 offrent une feuille de route : poursuite des études, programmation d’investissements et mise en place de dispositifs d’évaluation. Le calendrier prévisionnel dépend fortement des choix techniques retenus et des procédures d’autorisation.
Étapes attendues
- Finalisation des études RTE sur les tracés et solutions techniques (6–12 mois).
- Consultations publiques locales et ajustements (12–18 mois).
- Lancements des travaux selon option retenue (délai variable : 3–10 ans).
Ressources et documents de référence
Pour approfondir, les lecteurs peuvent consulter les documents officiels et analyses publiés récemment. La CNDP a mis en ligne la synthèse et la réponse de l’État, tandis que RTE a publié ses éléments techniques. Des communiqués d’acteurs économiques locaux présentent les estimations d’investissements et d’emplois.
Accès aux documents : décisions des maîtres d’ouvrages (CNDP, 13/12/2025), analyse technique RTE et le compte‑rendu médiatique des décisions de l’État.
Que signifient ces décisions pour les dirigeants industriels locaux ?
Pour un directeur industriel, la confirmation par l’État de la nécessité d’un renforcement énergétique traduit une opportunité stratégique : sécuriser les approvisionnements électriques est souvent la condition sine qua non pour valider des projets d’envergure. Les entreprises doivent toutefois intégrer la contrainte de délais administratifs et la nécessité d’un dialogue permanent avec les territoires.
Recommandations opérationnelles
- Anticiper les besoins en puissance dans les demandes d’autorisation d’investissement.
- Participer aux comités de suivi locaux pour peser sur les choix techniques et les dispositifs de compensation.
- Préparer des plans de formation pour capter les emplois locaux créés par les projets.
Vers une feuille de route partagée pour Fos‑Berre
La demande récente de l’État de renforcer les études et d’accélérer les travaux signale une volonté d’aligner les ambitions industrielles et les moyens d’infrastructure. Le défi consiste désormais à traduire cette volonté en décisions techniques acceptables, en calendriers fiables et en engagements tangibles en matière d’environnement et d’emploi. Le suivi du dossier dans les prochains mois sera déterminant pour la trajectoire industrielle de la Provence.
Prochaines étapes pour le territoire
Les prochains mois doivent permettre de préciser le tracé retenu, d’affiner l’analyse coûts‑bénéfices et d’engager des procédures d’autorisation. Les acteurs locaux attendent des décisions claires afin de sécuriser leurs investissements et de lancer les premiers chantiers, avec un horizon qui dépendra directement des options techniques choisies.






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