hydrogène bas‑carbone Fos‑sur‑Mer : la coentreprise H4 (ex‑H2V) a franchi une étape formelle avec la signature des titres d’occupation pour implanter un complexe industriel sur le Môle Central de Fos‑sur‑Mer. Ce dossier engage près de 46,6 hectares et un investissement annoncé de 1,5 milliard d’euros pour la production d’hydrogène bas‑carbone et d’un pôle de conversion vers des carburants synthétiques (e‑SAF / e‑méthanol → e‑kérosène).
Chiffres clés et périmètre du projet
Le projet H4 rassemble plusieurs briques industrielles intégrées : 300 MW d’électrolyse répartis, une unité de conversion d’e‑méthanol et une chaîne de synthèse d’e‑kérosène visant jusqu’à 75 000 tonnes/an. Les porteurs annoncent une production globale d’environ 44 000 tonnes d’hydrogène par an. Le site couvrira ≈ 46,6 ha sur le Môle Central, avec une création directe estimée à 165 emplois en phase d’exploitation.
Ces chiffres sont confirmés et documentés dans le dossier de concertation publique ; le lecteur peut consulter le dossier intégral sur le dossier de concertation H4 Marseille Fos.
Architecture technique et innovations
La configuration retenue repose sur une optimisation des consommations énergétiques et hydriques par rapport au projet initial. La capacité totale d’électrolyse a été redimensionnée à 300 MW (contre des scénarios antérieurs supérieurs), combinée à une approche intégrée « méthanol‑to‑jet » pour produire l’e‑SAF. Les porteurs mettent en avant des gains d’efficacité supérieurs à 40% sur certains postes et une réduction de la consommation d’eau industrielle d’un facteur ~3 selon les options techniques retenues.
Les modules industriels
- Électrolyse : 3 modules pour atteindre 300 MW cumulés.
- Synthèse d’e‑méthanol : unité destinée à produire une plateforme intermédiaire.
- Conversion e‑méthanol → e‑kérosène : process objectif ≈ 75 000 t/an d’e‑SAF.
Calendrier, autorisations et calendrier prévisionnel
La signature des titres d’occupation, annoncée par le Grand Port Maritime, marque l’entrée dans la phase opérationnelle : études détaillées, ingénierie, demandes d’autorisations environnementales et urbanistiques. Les communications publiques récentes indiquent un horizon de mise en service visé entre 2029 et 2030, avec des jalons de construction à engager dès 2026‑2027 pour tenir ces objectifs.
Le communiqué officiel du port précise les modalités foncières et les conditions d’occupation. Pour les éléments administratifs et le calendrier officiel, le Grand Port Maritime a publié un point d’étape que l’on peut consulter sur le site du Grand Port Maritime de Marseille‑Fos.
Impacts industriels et logistiques pour la zone
Implanté sur le Môle Central, le projet H4 s’intègre au sein d’une zone déjà très structurée industriellement. Les impacts attendus pour les industriels locaux concernent :
- Approvisionnement énergétique : raccordement massif et gestion des pointes électriques (coordination avec RTE).
- Logistique matières premières et effluents : flux de CO2 capté, approvisionnement en CO2 éventuellement requis pour la synthèse, stockage et export des carburants.
- Synergies industrielles : possibilité d’îlots d’échange (symbiose industrielle) avec les opérateurs pétrochimiques et chimiques existants.
Ces dimensions logistiques seront déterminantes pour la compétitivité du site : la disponibilité d’un raccordement électrique suffisant et des capacités de stockage portuaire influencent directement le coût de revient de l’e‑SAF et de l’hydrogène bas‑carbone.
Raccordements électriques et gestion de l’eau
La contrainte la plus sensible reste le raccordement électrique d’une puissance de plusieurs centaines de MW. Les opérateurs évoquent une coordination avec RTE et le Grand Port pour négocier les capacités et éventuelles solutions de flexibilité (stockage, modulation des électrolyseurs).
Sur l’eau, le projet revendique des améliorations techniques pour limiter les prélèvements : la réduction annoncée de la consommation d’eau industrielle (×3) sera un point examiné par les autorités lors des enquêtes publiques et des autorisations environnementales.
Retombées économiques et emploi local
Le dossier public mentionne 165 emplois directs créés en exploitation et des retombées indirectes pour les fournisseurs et la logistique locale. L’investissement de 1,5 Md€ devrait générer des marchés sur les lots d’ingénierie, tuyauterie industrielle, modules électrolyse et systèmes catalytiques pour la conversion e‑méthanol → e‑SAF.
Pour un directeur d’usine, ces opportunités se traduisent par des appels d’offres locaux, la montée en compétence d’entreprises régionales et des besoins en maintenance et ingénierie (CAD, tuyauterie, instrumentation, automatisme).
Acceptabilité locale, concertation et risques techniques
La concertation publique reste active : réunions, observations et fiches montrent que les enjeux d’acceptation portent sur le foncier, les retombées environnementales, le risque industriel et le trafic. La plateforme officielle de concertation contient les contributions et les éléments techniques mis à disposition du public.
Sur le plan technique, les principaux risques identifiés pour un tel projet sont : gestion des émissions indirectes, sécurisation des approvisionnements énergétiques, intégration dans l’écosystème portuaire et conformité aux normes ICPE (installations classées). La maîtrise de ces risques conditionnera la rapidité d’obtention des autorisations et la crédibilité du calendrier.
Marché, régulation et débouchés pour les industriels
La production d’e‑SAF vise directement le marché de l’aviation décarbonée, soutenu par les régulations européennes (ex. ReFuelEU Aviation) et des obligations d’incorporation croissantes. Pour les industriels locaux, cela ouvre un débouché stratégique : disponibilité de carburant bas‑carbone pour flottes aériennes régionales et possibilité d’export via le port.
Le projet s’inscrit également dans les orientations nationales de la stratégie hydrogène, qui priorise des unités près des hubs logistiques et des consommateurs finaux. Le partenariat industriel (H2V / Hy2gen via la coentreprise H4) confère une combinaison de technologies et d’accès marché : voir le communiqué du partenaire industriel pour plus d’information sur la structuration du groupe (communiqué du groupe Hy2gen).
Points d’attention pour un directeur industrie et usine
- Disponibilité énergétique : vérifier calendriers RTE et garanties de puissance.
- Interfaces logistiques : cales, accès portuaires et capacités de stockage.
- Sourcing fournisseurs : anticiper les marchés locaux pour tuyauterie, modules électrolyse et catalyseurs.
- Ressources humaines : plan de montée en compétence, recrutement technique et formation continue.
- Gestion des risques : plans de sûreté, conformité ICPE et acceptabilité sociale.
Ce que change la formalisation foncière
La signature des titres d’occupation entérine un cadre foncier stabilisé, condition préalable aux engagements financiers majeurs et à la contractualisation des marchés. Elle sécurise le terrain pour lancer les études d’ingénierie détaillée et renforcer les relations avec des fournisseurs stratégiques. Le port et la coentreprise disposent désormais d’une visibilité opérationnelle plus nette pour négocier raccordements et permis.
Ouverture : implications régionales et pistes pour les acteurs industriels
Pour la région Provence‑Alpes‑Côte d’Azur, le projet H4 peut devenir une pièce maîtresse de la trajectoire de décarbonation industrielle. Les directions d’usine doivent anticiper les opportunités de sous‑traitance, évaluer les synergies possibles (échanges de chaleur, utilisation d’hydrogène sur site) et participer activement aux instances de concertation. Sur le plan stratégique, l’enjeu est de convertir cette implantation en chaîne d’approvisionnement locale robuste, permettant de capter une part significative de la valeur ajoutée liée aux carburants bas‑carbone.
Extrait documentaire et points de référence : voir le site de la concertation, la note du Grand Port Maritime et le communiqué du partenaire industriel pour les données chiffrées officielles.






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