Odeurs chimiques Val de Durance : entre le 9 et le 12 décembre 2025, les habitants de la vallée ont signalé un épisode d’odeurs perçues comme industrielles qui a généré 32 signalements sur la plateforme Signal’Air et déclenché une intervention d’AtmoSud. Cet épisode, concentré autour de Sisteron et Château‑Arnoux‑Saint‑Auban, pose des questions techniques et réglementaires pour les acteurs industriels et les autorités.
Chapo : ce que disent les chiffres
Sur la période étudiée, 32 signalements ont été enregistrés : 18 à Sisteron, 9 à Château‑Arnoux‑Saint‑Auban, 2 à Salignac, 1 à L’Escale et 1 à Montfort. Près de 66 % des personnes ayant déclaré la nuisance ont décrit des symptômes (nausées, maux de tête, irritations oculaires ou respiratoires). La journée du 11 décembre a concentré le plus grand nombre de remontées.
Comment l’événement a‑t‑il été documenté ?
La remontée citoyenne via la plateforme Signal’Air a servi de point d’entrée. AtmoSud a ensuite rassemblé les signalements et réalisé une rétro‑modélisation atmosphérique en tenant compte des conditions de vent dominantes (faibles, orientation NW→SE) pour estimer une zone d’origine probable située au nord de Sisteron.
Rôle d’AtmoSud et limites de la méthode
AtmoSud fournit une méthode éprouvée : recoupement des signalements, données météorologiques et cartographie des sources potentielles. Toutefois, la modélisation olfactive ne produit pas d’attribution définitive tant qu’un prélèvement chimique ou une auto‑déclaration d’exploitant ne confirme pas un rejet. AtmoSud a transmis ses éléments aux services de l’État et appelle à la poursuite des signalements pour affiner l’analyse.
Contexte industriel local et risques potentiels
La Vallée de la Durance, dans ce secteur, abrite plusieurs installations industrielles sensibles : sites chimiques et pharmaceutiques dont certains sont classés Seveso. Parmi les acteurs identifiables dans le périmètre figurent des unités de production chimique et pharmaceutique (exemples : Arkema à proximité du bassin Château‑Arnoux / Saint‑Auban et des sites Sanofi dans la région). Ce maillage industriel augmente la probabilité que des odeurs perçues comme « chimiques » proviennent d’installations de process ou d’événements ponctuels (opérations de maintenance, torchères, rejets atmosphériques).
Pour documenter le contexte industriel : voir la présentation publique du site industriel local sur le site d’AtmoSud et des articles d’analyses économiques sur l’activité industrielle régionale (Le Dauphiné).
Impacts signalés et santé publique
Les signalants décrivent principalement des gênes passagères : odeur persistante, goût métallique ou âcre, maux de tête, nausées et irritations oculaires. Aucun épisode d’exposition aiguë grave n’a été rapporté publiquement à ce stade. Néanmoins, sur le plan sanitaire :
- une proportion élevée de témoignages (≈ 66 %) signale des symptômes ;
- la répétition d’épisodes olfactifs peut créer un malaise psychologique et des pertes de qualité de vie ;
- pour les personnes sensibles (asthme, allergies), même de faibles concentrations peuvent provoquer des réactions.
Les autorités sanitaires locales restent mobilisées pour surveiller d’éventuels effets collectifs.
Procédures administratives et contrôles
Dans ce type de situation, l’enchaînement réglementaire standard comprend :
- la collecte des signalements citoyens (Signal’Air) ;
- l’analyse et la modélisation par un organisme agréé (AtmoSud) ;
- la transmission des éléments à la préfecture et aux DREAL pour instruction ;
- le contrôle in situ des installations identifiées (contrôles atmosphériques, vérification des registres de rejets et des opérations de maintenance) ;
- éventuellement, des mises en demeure ou des sanctions si une installation est reconnue responsable.
AtmoSud a informé les services de l’État mais, à ce stade, aucun arrêté préfectoral public ni communiqué d’exploitant confirmant la source n’a été publié sur la période analysée.
Que peuvent exiger les autorités ?
Les autorités peuvent demander aux exploitants des mesures complémentaires : surveillance renforcée des rejets atmosphériques, mesures de concentrations en composés organiques volatils (COV) ou en composés spécifiques (soufre, ammoniac, composés nitrés), fiche d’événement et correction des anomalies de process.
Conséquences pour l’industrie locale
Pour un directeur d’usine, un tel épisode soulève plusieurs obligations et risques :
- risque réglementaire et réputationnel accru si l’origine industrielle est établie ;
- possibilité d’arrêts de production ou d’obligations temporaires (modifications de process, réduction d’activité) ;
- nécessité d’un plan de communication transparent vis‑à‑vis des riverains et des autorités ;
- coûts potentiels pour la mise en place de mesures correctrices et de monitoring continu.
Les installations Seveso ont des exigences supplémentaires de prévention des pollutions et de communication en cas d’incident.
Bonnes pratiques industrielles recommandées
Pour limiter le risque de renouvellement d’épisodes olfactifs, les opérateurs peuvent déployer plusieurs actions :
- renforcer la maintenance préventive des unités susceptibles d’émettre des COV ;
- installer une surveillance continue des émissions pertinentes et des alarmes automatisées ;
- réviser les procédures d’exploitation lors d’opérations transitoires (démarrages, arrêts, nettoyages) ;
- mettre en place des protocoles de communication rapide vers la préfecture et les services territoriaux ;
- effectuer des campagnes de mesure indépendantes en périodes critiques pour établir une traçabilité des émissions.
Ces mesures réduisent l’incertitude et limitent l’impact social en cas d’incident.
Enjeux de gouvernance et transparence
L’épisode met en lumière la nécessité d’une gouvernance partagée : collectivités locales, autorités environnementales, industriels et associations d’habitants doivent disposer d’outils communs de suivi et d’alerte. La disponibilité publique des données de mesure, la fréquence des contrôles et les plans de prévention actualisés sont des éléments clés pour restaurer la confiance.
Rôle des élus et des collectivités
Les maires et conseils municipaux peuvent solliciter des rapports détaillés auprès de la préfecture, demander des campagnes de contrôle et organiser des réunions publiques afin d’informer les administrés sur les risques et mesures prises.
Perspectives techniques et besoin d’investissement
À court terme, la priorité est la caractérisation précise des émissions : analyse chimique, mesures de COV, identifications de composés indicateurs. À moyen terme, les industriels et pouvoirs publics doivent considérer des investissements : filtration d’air, systèmes de récupération, modernisation des torchères et amélioration des stockages pour réduire les émissions fugitives. Les investissements peuvent aller de quelques dizaines de milliers à plusieurs millions d’euros selon l’envergure des mesures.
Ce que doivent savoir les riverains aujourd’hui
Pour la population locale :
- continuer à signaler toute nuisance via Signal’Air ;
- consigner les dates, heures et caractéristiques de l’odeur ;
- contacter la mairie pour obtenir des informations locales sur les actions en cours ;
- consulter les communiqués d’AtmoSud pour les analyses et mises à jour techniques.
Ces gestes renforcent la base de données citoyennes utile aux autorités et aux experts.
Recommandations pour les décideurs industriels
Pour un directeur d’usine, la feuille de route pratique inclut :
- vérifier immédiatement l’état des équipements en zone sensible ;
- activer des mesures de surveillance ciblées et une cellule de crise interne ;
- préparer un rapport technique à transmettre aux autorités ;
- anticiper la communication publique et proposer des réunions d’information aux mairies concernées ;
- planifier des audits tiers sur les émissions fugitives et les protocoles opérationnels.
Ces actions limitent les risques juridiques et sociaux tout en démontrant une gouvernance réactive.
Sources et ressources pour aller plus loin
Les éléments factuels évoqués dans cet article proviennent des signalements et de l’analyse publique d’AtmoSud, de la plateforme citoyenne Signal’Air et de travaux de contexte publiés par la presse régionale (Le Dauphiné) et la presse économique (Usine Nouvelle).
Perspectives et vigilance
L’épisode d’odeurs dans la vallée rappelle l’importance d’un dispositif combiné : signalement citoyen, modélisation technique, contrôles administratifs et plans d’amélioration industrielle. Pour l’instant, aucune attribution formelle n’a été publiée ; la vigilance reste de mise. Les industriels doivent accélérer les diagnostics et les investissements de prévention. Les collectivités et la population gagneront en clarté si les acteurs publient des données de mesure et des actions correctives précises.






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