Camion électrique DAF New Generation XF au terminal LeShuttle de Coquelles avec station de recharge haute puissance
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Le premier poids lourd électrique traverse le Tunnel sous la Manche : un test décisif pour le fret

poids lourd électrique tunnel sous la Manche : le 19 janvier 2026, un camion 100 % électrique a franchi le Tunnel sous la Manche dans le cadre d’un trajet long-courrier d’environ 1 700 km. Cette démonstration opérationnelle, organisée par plusieurs acteurs du fret et de l’infrastructure, vise à valider la faisabilité du transport routier lourd à zéro émission sur un corridor transfrontalier clé pour les Hauts-de-France.

Un test technique et logistique sur un axe stratégique

L’opération a mobilisé un DAF New Generation XF Electric affrété par Kuehne+Nagel et embarqué via le service LeShuttle Freight exploité par Getlink. Le véhicule a parcouru près de 1 700 km en traversant plusieurs pays, avec des recharges planifiées sur des bornes haute puissance. L’objectif : combiner performance technique et contraintes opérationnelles (fenêtres de livraison, temps de recharge, gestion de la chaîne du froid éventuelle, etc.).

Les partenaires et la chaîne de valeur mobilisée

Le projet a réuni plusieurs acteurs industriels et d’infrastructure. Outre le constructeur DAF et l’opérateur logistique Kuehne+Nagel, l’initiative a bénéficié du soutien technique de fournisseurs de recharge haute puissance comme Voltempo (HyperCharger mégawatt‑scale) et d’opérateurs de hubs de recharge régionaux. Les terminaux de Coquelles (Calais) et les relais autour de Dunkerque ont été identifiés comme points stratégiques pour la recharge et la maintenance.

Pour plus de contexte opérationnel et presse, voir le reportage initial sur Actu.fr sur la traversée du poids lourd électrique et l’analyse logistique publiée sur Trans.info.

Infrastructure : la recharge mégawatt au cœur du dispositif

La réussite de l’essai repose en grande partie sur l’accès à des points de recharge très haute puissance. Les chargeurs dits « mégawatt » permettent de restaurer significativement l’autonomie d’un poids lourd en moins d’une heure, condition essentielle pour les rotations longues. Sur ce trajet, le véhicule a utilisé des stations identifiées au Royaume‑Uni et en France, avec une charge initiale au hub logistique et des recharges en corridor.

Le déploiement de ces bornes impose des investissements importants : raccordements au réseau, transformateurs, systèmes de gestion de l’énergie et contrats d’approvisionnement. Les acteurs soulignent aussi la nécessité d’accords d’accès (booking) pour éviter les files d’attente et garantir les fenêtres de livraison.

Chiffres clés d’infrastructure

  • Distance parcourue : ≈ 1 700 km (essai aller‑retour multi‑pays)
  • Autonomie théorique des eHGV testés : ≈ 400–500 km selon charge utile et conditions
  • Puissance des chargeurs utilisés : jusqu’à ~1 MW sur certains points

Quels enseignements pour les opérateurs de transport ?

L’expérience montre que le passage à l’échelle du poids lourd électrique pour le fret international exige une planification fine. Les logisticiens devront intégrer des marges de temps pour la recharge, négocier l’accès aux chargeurs et repenser la répartition des relais sur les itinéraires. Le coût total de possession (TCO) reste un facteur décisif : il dépend aujourd’hui encore du prix du véhicule, du prix de l’électricité, du taux d’utilisation des chargeurs et des subventions disponibles.

Pour les entreprises de la région Hauts‑de‑France, cet essai illustre une opportunité : positionner les terminaux de Calais et Dunkerque comme hubs de recharge et services dédiés aux eHGV. Des relais locaux de maintenance batterie, des centres de formation et des contrats d’électricité verte peuvent emergent comme sources de valeur ajoutée.

Contraintes et points d’attention

Plusieurs limites opérationnelles ont été signalées : la standardisation des connecteurs entre opérateurs européens n’est pas encore complète, la disponibilité garantie des stations haute puissance reste incertaine et la résilience du réseau électrique local doit être renforcée. Des incidents d’alimentation ponctuels sur des terminaux ont été rapportés en janvier 2026, montrant la sensibilité du dispositif aux aléas du réseau.

Les parties prenantes insistent sur la nécessité de standards communs et d’accords de « booking » pour les sessions de recharge. Sans ces éléments, la planification routière et la prévisibilité des livraisons seront pénalisées.

Politiques publiques et aides : cadre d’accélération

Au Royaume‑Uni comme en France, des dispositifs d’aide (subventions pour l’achat d’eHGV, financements d’infrastructures de recharge, projets démonstrateurs comme ZEHID ou eFREIGHT) accompagnent ces initiatives. Les démonstrateurs transfrontaliers reçoivent souvent des soutiens publics, car ils répondent aux objectifs de réduction des émissions et d’indépendance énergétique.

Pour accélérer le déploiement, les collectivités locales des Hauts‑de‑France pourraient jouer un rôle en facilitant les raccordements électriques sur les zones portuaires, en cofinançant des hubs de recharge et en soutenant la formation des techniciens spécialisés.

Impact régional : emplois, services et compétitivité

L’implantation d’infrastructures de recharge et de services associés peut générer des retombées économiques locales : création d’emplois pour la maintenance des batteries, offres de logistique verte, croissance des services de seconde vie pour batteries et centres de recyclage. Les terminaux régionaux gagnent en attractivité pour les flux transmanche décarbonés, renforçant la compétitivité des ports et zones logistiques de la région.

Voies d’évolution pour la filière

Pour que la démonstration devienne opérationnellement courante, plusieurs leviers sont identifiés :

  • Mutualisation des chargeurs et système de réservation interopérable
  • Standardisation des connecteurs et protocoles de paiement
  • Raccordements renforcés et solutions de stockage décentralisé d’énergie
  • Modèles économiques incluant leasing batterie et contrats énergie adaptés

Ressources et lectures complémentaires

Pour approfondir les éléments techniques et médiatiques autour de cette opération, consulter les comptes rendus de presse :

Perspectives opérationnelles pour un transporteur TL

Pour un responsable transport et logistique (persona TL), cette traversée est une invitation à adapter la stratégie d’exploitation : intégrer les paramètres de recharge dans les tournées, évaluer des modèles de leasing batterie, négocier des accès prioritaires aux chargeurs et définir des KPIs (TCO, temps de disponibilité, coûts d’énergie). Les premiers retours indiquent que, malgré des contraintes, la livraison longue distance à zéro émission est techniquement réalisable si le maillage d’infrastructures est suffisant.

Regard prospectif

Cette démonstration ouvre la voie à des corridors transfrontaliers décarbonés dans les 5 à 10 ans, à condition d’accélérer les investissements d’infrastructure et d’aboutir à des accords opérationnels entre opérateurs. Les régions portuaires des Hauts‑de‑France peuvent tirer parti de cette dynamique pour capter les flux logistiques décarbonés et développer des écosystèmes de services autour des eHGV.

Un dernier point à surveiller

Surveiller les calendriers d’installation des chargeurs mégawatt, les initiatives de standardisation et les appels à projets européens. Les décisions publiques à court terme sur les aides au TCO et les quotas d’accès prioritaires aux chargeurs seront déterminantes pour la montée en charge industrielle des poids lourds électriques.

Pour revenir au dossier initial et suivre les mises à jour locales, l’article de référence est consultable sur Actu.fr et des analyses complémentaires sont disponibles sur Trans.info et le Journal du Poids Lourd.

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